Conte de Noël pour les enfants sages

Conte de Noël pour les enfants sages

 

Par l'auteur Bruno DAILLY

Alexandrin :

Vers composé de douze syllabes.

Forme très rare et très recherchée en poésie.

L'alexandrin est, en métrique française classique, un vers composé formé de deux hémistiches (ou sous-vers) de six syllabes chacun,

soit un total de douze syllabes. Les deux hémistiches s'articulent à la césure, qui est le lieu de contraintes spécifiques. Wikipédia

 

(Le tatoué, le balafré, le borgne et l’édenté)

Il y a fort longtemps, au Moyen Âge,

Dans les alentours de Bourg-de-Péage

Vivaient, terrorisant leur entourage,

Quatre frères se livrant au brigandage.

 

L’aîné, Philibert, roi du fricotage

Avait, de balafres couvert, le visage.

Dagobert, le cadet, aussi peu sage,

Sur ces bras exhibait des tatouages.

 

Quant à Humbert, le troisième en âge,

Sa mâchoire avait besoin de plombages.

Plus que d’un seul œil ne faisait l’usage

Norbert, le plus jeune, surnommé « Bandage ».

 

Dans la hantise, tremblait le voisinage

Que ces lascars se livrent au pillage

Et on priait pour qu’ailleurs ils dégagent

Et qu’enfin cesse ce remue-ménage.

 

Dans les bois, sous le couvert des ombrages

Ils guettaient en tenues de camouflage

Les diligences et suivaient leurs sillages,

Forçant les cochers à un prompt freinage.

 

Puis, menaçant les passagers en nage

Par un terrible profitable chantage,

Ces Dalton, virtuoses du soutirage,

Faisaient de toutes leurs poches l’effeuillage.

 

Leurs victimes, implorant qu’ils les ménagent,

Contraintes à ce que leurs bourses, elles soulagent,

Ne pouvant s’adonner au marchandage,

Ressortaient pauvres mais sauves du truandage.

 

Alors que la neige sur le paysage

Se déversait en blanc saupoudrage,

Un soir de réveillon, tel un mirage,

Vint à passer un rouge personnage.

 

Après le déstockage des rayonnages,

Après l’empaquetage et l’étiquetage,

Commençait sa tournée de délestage.

Il avait mis tout son cœur à l’ouvrage.

 

Ayant donné aux patins un fartage

Et nourri son renne de fourrage,

Il était parti pour un long voyage.

S’annonçaient les fêtes sous de bons présages.

 

Mais ces bandits, planqués dans les branchages,

Sur son chemin dans la forêt sauvage,

A son traîneau chargé firent barrage,

Commettant un irréparable outrage.

 

Ces malfaiteurs, adeptes du piratage,

Répréhensible acte de sabotage

Après être passés à l’abordage

De tout son fret, se firent le partage.

 

Etant dévalisé son attelage,

Le vieil homme était écarlate de rage.

Hagard, le rescapé de ce naufrage

Ne maîtrisait plus guère son langage.

 

Ayant dû subir un déshabillage,

Dévêtu de son manteau de lainage,

Dans les rigueurs de l’hiver sans chauffage

Il était transi jusqu’aux cartilages.

 

Apercevant non loin dans les parages

Scintiller une source d’éclairage,

Sa bête, dont il faut saluer le courage,

Le conduisit bientôt vers un village.

 

Il vit de sa cabine de pilotage

Une gendarmerie dans un virage

Et s’empressa de dire sans ambages

Qu’il avait été l’objet d’un braquage.

 

Les agents qui reçurent son témoignage,

Ayant passé l’âge des enfantillages,

Jugèrent que c’était un cas qui déménage

Sous l’empire d’un enivrant breuvage.

 

Que de gens confus ou dans le cirage,

Sujets à de graves déboulonnages,

Hors toute réalité en dérapage

Venaient à leur porte faire grand tapage !

 

Et c’est ainsi, loin de son ermitage,

Que pour se dégriser fut mis en cage

Le blanc barbu dans un sac de couchage

Sans s’être acquitté de son patronage.

 

Tristes et désappointés, les enfants sages

Promirent qu’ils le seraient davantage

En lui envoyant de nombreux messages

Mais la peine se lisait sur leurs visages.

 

Voyant le renne à travers le vitrage

Et les poubelles vides d’emballages,

Les gendarmes relâchèrent leur otage,

Prenant plus au sérieux son bredouillage.

 

Avouant leur erreur de décryptage,

Ils entreprirent un grand balayage

En ratissant les bois en quadrillage

Et mirent les voleurs derrière des grillages.

 

Et le vingt-cinq au soir, un arrivage

De cadeaux apparut sous les feuillages

Avec un mot d’excuse sur une page

Pour cet involontaire décalage.

 

Pour leur zèle dans leur mission de sauvetage

Aux gardiens de l’ordre on rendit hommage

Car, ça aurait été bien dommage

S’il n’avait plus pu être de passage.

 

De l'auteur Bruno DAILLY

La tortue, le jabiru et le sudoku

Il y avait une vieille tortue qui avait beaucoup vécu

Qui, pour vérifier si sa cervelle n’était pas vermoulue,

Chaque matin, au bistro du coin, après avoir bu

Un verre de vin, s’attaquait à résoudre un sudoku.

Pour que sa pensée soit limpide, elle croyait, l’hurluberlue,

Qu’il fallait la fluidifier, sans quoi elle ne coulerait plus.

Le propriétaire, dans le journal nouvellement paru,

Ce petit carré, découpait avant que l’on ne l’ait lu.

 

Tout en exerçant ses méninges, elle sirotait son jus.

Comme dans un écrin, un damier de buis bien entretenus

D’un jardin de curé, les chiffres, elle posait en continu.

Ses plantations s’étalaient comme de la laitue en rangs trapus.

Dans ce labyrinthe à plusieurs reprises elle s’était perdue.

Sa quête avait été momentanément interrompue,

Suspendue par une petite erreur commise à l’impromptu.

Il avait fallu tout recommencer depuis le début.

 

Parfois, elle ne voyait plus d’issue à ces sentiers battus

Ou se retrouvait nez à nez avec un dilemme fourchu.

Cette possibilité aperçue et non retenue,

Lui était enfin revenue. Elle en était tout émue.

Le cou tendu, d’une attention très soutenue, à l’affût

Du moindre indice qui lui permettrait de prendre le dessus,

Notre mordue, très têtue, sur cet espace branchu

Réfléchissait intensément, de façon plus qu’assidue.

 

Quand, pour chaque case, le chiffre voulu, elle était parvenue

A trouver, pour se féliciter de l'avoir résolu,

Ce casse-tête un peu tordu, avec un vin du meilleur cru

A nouveau, on régénérait de son verre le contenu.

Quand elle avait atteint son but, elle réclamait ce tribut.

« Désirez-vous que je vous reflue ? Ce n’est pas de refus!

Trinquons pour que votre longévité point ne diminue,

Qu’avec le temps davantage elle s’accentue, bien entendu ! »

 

Un jour, il advint que, soit par quelque incident imprévu,

Soit que quelque déconvenue inattendue fut survenue,

Les étagères de l’élixir de jouvence furent dépourvues.

Condamnée à ingurgiter un substitut moins grappu,

Le rébus s’avéra être beaucoup plus ardu, plus touffu.

La grille tenace résista et demeura invaincue.

Hermétique, impénétrable et muette, elle était devenue

Plus que frustrée, elle déchira alors son sudoku.

 

De ce breuvage goulue, elle en buvait plus qu’il en fallut.

Elle n’en acceptait pas le flot discontinu, la décrue.

Dans ses câbles déconnectés, il s’était produit un court-jus.

La cliente déçue crut que son mental était descendu,

Que sa tête avait perdu le nord, qu’elle avait fondu.

Le cafetier confus, après s’être en excuses répandu,

S’empressa aussitôt de réparer le malentendu.

De perdre cette fidèle habituée, il en était exclu.

 

Car elle contribuait grandement à augmenter ses revenus.

Il était également de la mathématique féru !

Après l’avoir secourue, il encaissa la plus-value.

Ne devait jamais se reproduire cette bévue !

A l’insu de leur gestionnaire, sur les neurones fourbus

L’alcool diffus afflue. Sur la logique dissolue il influe.

Si vous ne voulez pas que l’âge, votre jugeotte, évacue,

Que dans votre case manquante graduellement on s’insinue.

 

Pour éviter de perdre vos intellectuels attributs

Et de vous retrouver de repère entièrement dépourvu,

Faites preuve de retenue avec ces passe-temps biscornus.

Des verres de vin, plus elle avait bus que de sudokus

Résolus. A maintes bouteilles elle avait torché le cul.

Sur ce terrain pentu, elle allait tout droit vers le talus.

Le cafetier, dans le feuillu qu’on distribue, jamais plus

A la lame de ciseaux pointus découper ne dut.

 

Un jeune jabiru, ex-voyou de la racaille issu,

Ayant au vice renoncé pour embrasser la vertu,

Dans cette buvette, son quartier général, avait élu.

La vérité toute nue lui était tout à coup apparue.

Aux sciences ésotériques de l’Inde qui, l’équilibre, restituent,

A son dogme, il voulait faire adhérer de nouvelles recrues.

Il conseillait pour le bien-être de faire le vide absolu,

De repenser sa façon de vivre pour un bonheur accru.

 

Comme il avait des dons d’orateur et la langue bien pendue,

Il savait persuader à merveille les âmes perdues.

A ce gourou, pour que de ce blocage, il la désobstrue,

Elle se confia, lui qui avait le même problème combattu.

Après s’être avec cette interlocutrice entretenu,

A toutes les questions  même les plus saugrenues avoir répondu,

Il lui conseilla de ne plus prendre cette substance qui pollue

Et provoque chez nombre d'individus la grande berlue.

 

Dans un institut conçu pour chasser le démon cornu,

Qui, les souffrances aiguës du sevrage, atténue,

Il la fit admettre. Au bout de quelques mois, elle réapparut,

Les horizons élargis avec un nouveau point de vue.

S’étant abstenue de s’humidifier de façon indue,

Sur de l’eau minérale ayant reporté son dévolu,

Peu à peu, elle sut sur les inconnues prendre le dessus.

De déshydratation, en fin de compte point elle ne mourut.

 

Assurément, le sport est excellent pour notre salut.

Il nous permet d’affronter la vie en restant détendu.

Nos forces vitales et cérébrales, il reconstitue.

Tous ses adeptes, du bien-être qu’il apporte, sont convaincus.

De se sentir bien dans sa peau est un luxe non superflu.

Ceux qui ont à son appel répondu, n’en sont pas revenus.

De leur petit nuage, ils ne sont jamais redescendus.

Pour garder la forme, essayez-vous donc au jiu-jitsu !

 

La tradition de la sagesse orientale, il perpétue.

Après avoir vos oreilles rabattues des risques encourus,

Contre les méfaits de la boisson discouru, prévenu,

J’espère que, mes conseils avisés, vous aurez retenus

Et que vous vous serez bien imprégné de son contenu.

Sur ce, je vous tire ma révérence et vous salue.

Une tortue atteinte de berlue, je n’en ai jamais vu.

Si j’en avais aperçu, je l’aurai tout de suite su.

 

De l'auteur Bruno DAILLY

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