Couverture 7

Devenir cuisinier à 60 ans.

Une mission difficile. Autobiographie de l'auteur sans aucun rapport avec l'arrêt du tabac.

« Choisis un travail que tu aimes,

et tu n'auras pas à travailler

un seul jour de ta vie »

(Confucius)

 

 

Il n’y a pas d’âge pour rêver des étoiles, il faut juste garder les pieds sur terre, bien ancrés, et se dire une bonne fois pour toutes qu’en choisissant le métier des Arts culinaires, cuisinier, il va falloir mettre les bouchées doubles pour avoir une chance de réussir.

            Ceci étant dit, je peux me mettre à table et vous dévoiler à doses respectables les méandres qui m’ont amené à cette décision, prise un jour d’août 2019, d’intégrer la grande famille des métiers de bouche.

            Ce jour-là j’étais devant mon écran d’ordinateur, les yeux hagards, cherchant çà et là une idée sympathique pour rompre mon temps de chômage subi, un peu trop « libre ». Ce temps qui court et s’égrène au fil des mois qui passent commence par m’exaspérer !  Pour compenser le manque de boulot, j’ai heureusement des passions qui occupent mon esprit toute la journée, qui vont des statistiques aux jeux d’écritures. Occupant également mon temps, il y a aussi… les tâches ménagères du divorcé que je suis. Je les partagerais volontiers, mais avec qui ? Et combien de temps avant qu’elles ne s’enfuient en courant – les Pauvresses – !

            J’ai 60 ans et je n’ai pas vu le temps passer… J’ai l’impression d’avoir ouvert le livre de ma vie un beau jour d’été 2019, et d’être là aujourd’hui à compter les pages de vie qu’il me reste à noircir. A noircir ? Non, je préfère éclairer ! ll faut que je mette de la couleur, des pastels, des ombres et des aquarelles aux derniers jours de ce long métrage de ma vie qui fatalement s’arrêtera à une heure bien précise en affichant en grosses lettres : THE END.

            Alors réveil l’artiste ! Bouge tes fesses et cherche la sortie du labyrinthe dans lequel tu t’es empêtré.  

            Pour comprendre les raisons pour lesquelles je me suis inscrit comme candidat à une journée d’information « Commis de cuisine et cuisinier » proposée par pôle emploi, il va me falloir remonter dans le temps. Une nuit de réflexion me sera nécessaire avant de prendre la décision d’appuyer sur « envoi » de ma boîte mail. Une longue nuit blanche à retracer tous les souvenirs de ma vie où j’ai touché de près ou de loin à ce métier de cuisinier si médiatisé à l’heure actuelle. Généralement c’est après l’adolescence que viennent ces envies, parce qu’on a un proche dans le métier ou que l’orientation scolaire amène à vous pousser vers des métiers manuels au vu des résultats scolaires. L’un comme l’autre, étant jeunes, nous ne sommes généralement pas préparés ou formatés à la naissance pour devenir avocat, cuisinier, maçon ou politicien.

            Moi-même, j’ai suivi un cursus assez particulier… Ce n’est pas moi qui courais après les études, mais bien l’inverse... Après une sixième et une cinquième, délicates, mes parents ont pris la décision de me diriger vers un métier manuel. « Il faut bien en faire quelque chose de ces gosses ! »

            Ce fut donc dans une filière de plombier chauffagiste que j’ai commencé mes jeunes années (1973). Pierre Groscolas chantait Lady lady lady lady lady Lay, et peu de temps avant, Adriano Celentano donnait le ton avec une chanson qui tournait en boucle sur les ondes des radios avec (Prisencolinensinainciusol). Quelle belle époque pleine d’insouciance et de liberté !

Alors, vous avouer qu’entre mes tuyaux et mes chaudières, il y avait peu de place pour les recettes de cuisine. Et puis, être cuisinier, en ce temps-là, on disait que c’était un métier de « gonzesses » ! La première année j’ai cherché mes repères dans cet immense collège d'enseignement technique (CET). Les CET deviendront en 1976 des lycées d'enseignement professionnel (LEP), que je ne connaîtrai jamais. Puisqu’en juillet 76, je sortis avec mon C.A.P (Certificat aptitude professionnelle) flambant neuf.

            Oui mais, avant de l’avoir, ce diplôme d’un métier que je n’avais pas choisi, pendant les vacances scolaires, je bossais.

J’ai commencé des petits jobs à 15 ans, dans un hôtel, pour passer l’aspirateur dans les longues montées d’escaliers moquettés et prêter « main-forte » aux femmes de ménage, pour la remise en état des chambres.

Plus tard, j’ai travaillé dans un garage pour laver les voitures des clients. Mais cette activité expérience s’arrêta brutalement… Je devais changer une roue sur un véhicule : fastoche ! Le cric était bien en place, et voilà que je desserre les écrous de roue avant de soulever la voiture ! Résultat : un coup de pompe au cul et dehors, circulez, y’a plus rien à voir !

Quant à ma petite semaine chez un paysagiste, le seul souvenir que j’en garde, est que pour les voyages de l’entreprise au domicile des particuliers, ma place était dans la benne arrière du camion, avec l’outillage, et à l’air libre. Nous étions au mois de mars, et à 6h00 du matin, dans l’est de la France, la température est encore en dessous de zéro. Résultat : une bonne bronchite !   

Pour terminer ces petits boulots galère, j’ai aussi touché du doigt la dure expérience d’apprenti électricien. Là encore, mon job s’est arrêté à la réalisation des saignées dans les murs pour passer les câblages puis reboucher au plâtre. Quand je parle de toucher du doigt, c’est qu’en fin de semaine, je n’avais plus de peau sur le dessus de la main ! Chaque coup de massette raté sur le burin arrivait fatalement sur ma main gauche. J’aurais sans aucun doute aimé être ambidextre dans ces moments si durs. Encore une fois, je prendrai une volée de truelle de plâtre au visage pour motif de ne pas être assez rapide.

C’était comme ça dans les années 75/80. De toutes les façons, ce qu’on ne prenait pas avec nos chefs sur les chantiers, on le prenait du paternel un autre jour !

Enfin, pour terminer l’évocation romantique de ces petits boulots, j’ai passé juillet – août complets dans l’usine où mes vieux travaillaient. J’y ai d’abord été releveur de compteur de température et d’hygrométrie. Puis agent de sécurité de nuit. Ils m’avaient cantonné dans un « Algeco » (baraque de chantier), à faire quelques rondes par ci par là.  Les nuits furent bien longues à attendre le lever du soleil… 

Enfin un lever de soleil en pleine nuit !

Ce lever du soleil, j’ai fini par le voir … en trouvant un boulot de nuit ! A partir de septembre, j’ai trouvé un job rémunérateur en m’y investissant uniquement les vendredis, samedis et dimanches ! A la rentrée scolaire, je pouvais donc conjuguer ma formation de plombier chauffagiste et bosser !      Oui, la chance m’a souri du haut de mes 16 ans.
Tout ça, c’est grâce à un cousin. Un beau matin, il vient me voir avec sa super mob Malaguti aussi bruyante que rutilante. Mes petits salaires m’avaient permis d’acheter ma première 102 Peugeot, mais j’étais encore loin de la sienne ! A cette époque il n’y avait pas d’argent de poche. Pour avoir le plaisir de détenir quelques billets de cinquante francs, il fallait les gagner. Et c’est ce que me proposait mon cousin : travailler les week-ends dans une boîte de nuit de la région. Un peu plus âgé que moi, il devait quitter ce job pour rejoindre la capitale. Il me proposa de le suivre et de me présenter le jour même au patron de cette discothèque. J’avoue que je balisais un peu.  Après les coups de pompe au cul et les volées de plâtre, que me réservait ce nouveau patron ?  Une volée de whisky ?

            J’y ai commencé en tant que Caissier, tous les samedis soir, de vingt et une heures à trois heures du matin, pour un salaire de cinquante francs la soirée. Cette année-là, ma mob aura fait des centaines de kilomètres. Les semaines passaient de plus en plus vite : cinq jours en formation de plombier chauffagiste, à l’internat du Collège d’Enseignement Technique et deux jours de fiesta ! Tous les engrenages fonctionnaient à merveille, pas un grain de sable pour enrayer la mécanique. Tout allait si bien qu’en plus de caissier je m’essayai au service en salle, et plus particulièrement le service classe à la française. Chaque convive composait son menu, selon son goût et son tempérament. Leurs verres, avec la boisson qu’ils avaient choisie, étaient placés sur des dessertes apportées par les serveurs dénommés là-bas … domestiques, et une fois vides, les verres étaient de nouveau remplis sur demande, puis rapportés. C’est dur d’alterner dans les deux sens le poste de caissier à celui de domestique, car il faut s’adapter ! Mais ne dit-on pas : le client est roi !

            Dans ce complexe à la fois lieu de loisirs et boîte de nuit, j’enchaînerai :

  • le boulot de caissier, les vendredis et les samedis soirs, où ma mémoire des physionomies faisait merveille,
  • celui de serveur dans le chic restau, les samedis et les dimanches midi,
  • et le service de boissons à la piscine, pendant les belles journées ensoleillées d’été.

J’étais comblé et par-dessus tout j’avais les poches pleines de ces beaux billets de cinquante francs.

De la clé à molettes au fusil d’assaut !

Mais comme tous les contes merveilleux, il y a une fin. L’année scolaire 76 arrivait à son terme et la date des examens du C.A.P approchait. Encore une fois l’alchimie opéra sans aucun problème. Une fois le diplôme de plombier chauffagiste (comme les billets de cinquante francs) dans la poche, il fallait se résoudre à entrer définitivement dans la vie active, la vraie, pas celle des gigolos (chantée par Louis Prima) mais plutôt celle de la Madelon qui annonce… le service militaire !

            Le service militaire, obligatoire, mobilisait pendant un an, à partir de 18 ans. J’en avais 17 et demi. Que faire ? Commencer à bosser comme plombier, pour, six mois plus tard, interrompre mon nouveau boulot et répondre à l’appel national ? Croyez-moi j’ai réfléchi de chez réfléchi. Quatre solutions étaient possibles. La première – objecteur de conscience – ne m’a pas effleuré l’esprit.  La deuxième : me faire passer pour un fada…  il y a une chance sur dix que ça réussisse, mais bonjour la fermeture de bien des portes ensuite ! La troisième :  attendre l’ordre d’appel qui devrait arriver dans la boîte aux lettres de mes parents dans six mois. Si j’avais attendu passivement cette convocation, j’aurais donc été obligé, comme je viens de l’évoquer, d’interrompre mon premier boulot six mois plus tard. Enfin, la dernière solution, qui sera mienne : je vais devancer l’appel sous les drapeaux. Mais, étant mineur, il me faut l’autorisation signée de mes parents. Qu’à cela ne tienne, direction le centre d’information et de recrutement de l’Armée de Terre afin d’avoir des explications complètes.

            Ma mère et moi, nous sommes tombés sur un beau parleur, un paraphraseur d’envergure doté d’une technique imparable pour harponner le gros poisson que j’étais du haut de mes 17 ans et demi.

            Ce magistral chef d’Escadron avait comme consignes de sélectionner un maximum de jeunes recrues, pour les intégrer dans une nouvelle école de sous-officiers, fraichement sortie du sol. Cet établissement se situait à quelque 800 kilomètres de chez moi. Après m’avoir vanté les avantages que j’obtenais en intégrant cette structure il m’apparaissait difficile de refuser la proposition. Certes, je ne connaissais absolument rien de l’Armée et de ses coutumes. Mais si ma mère signait cette proposition, je ne risquais pas grand-chose puisque le jour de mes 18 ans, j’avais la possibilité d’arrêter le contrat d’engagement de 5 ans ! J’aurais ainsi terminé mon service militaire comme troufion puis rejoint mes pénates au moment de la quille !

            Quand je suis arrivé la première fois dans le beau département où était implantée cette école de sous-officiers, j’avoue que j’ai eu un vrai coup de cœur ! J’appartenais à la « 76/10 », ce qui signifie, dans le langage codé de l’Armée, que j’étais entré au mois d’octobre de l’année 1976. Ah, cette année, fameuse période de sécheresse sur toute la France mais aussi année de mon intégration dans l’Armée, pour une carrière qui allait durer pas mal années !

Je me souviens de mon soir de départ. Je prenais le train de nuit pour la première fois. Dans ces wagons, j’ai découvert une bonne partie de mes futurs collègues de chambrée, tombés eux aussi dans le piège du grand Manitou qui sait tout sur tout.

L’odeur et les parfums si prononcés de cette nouvelle contrée lointaine auront raison de moi. A ma majorité, les autorités administratives de l’école de sous-officiers me demanderont de prendre ma décision finale, et de l’officialiser. La bonne décision - et je sais rétrospectivement parlant que ce fut la bonne - s’est concrétisée par ma signature de majeur sur un nouveau contrat qui devenait pleinement mien, sans besoin de l’autorité parentale.  

            J’entends encore ma mère me dire parfois :

  • « C’est grâce à-moi si tu es devenu ce que tu es maintenant ! » … Comme si j’étais devenu ministre !

Ce à quoi je lui répondais :

  • Ma chère mère, le service militaire était obligatoire.  Oui, tu as signé à ma place un devancement d’appel sous les drapeaux. Mais c’est bien moi qui, à mes 18 ans, ai contresigné mon engagement à poursuivre cette année scolaire 76/77 pour devenir sous-officier.

C’est parfois bien difficile de faire comprendre à nos aînés que nous portons l’entière responsabilité de nos choix.

            Coté logement, avec l’Armée, ça s’est considérablement amélioré. Moi qui, au Collège d’Enseignement Technique, logeais en tant qu’interne dans des chambrées de 20 lits à étages (oui, oui !), avec corvée de charbon en hiver, je me retrouvais avec des chambres de quatre personnes (quel luxe !), une douche et deux lavabos, sans compter un magnifique balcon qui donnait sur les pinèdes si odorantes. Qui n’aurait pas signé pour poursuivre cette belle aventure…

Je passai donc de la clé à molette au fusil d’assaut modèle 1956 et au pistolet automatique. Rien à voir avec les tuyaux et les radiateurs qui je l’avoue après 28 ans de services dans l’Armée, ne m’ont jamais manqué. Durant ces vingt-huit années j’ai cumulé bon nombre de métiers correspondant aux grades successifs de ma carrière militaire. 

            Ma première affectation correspondait à l’artillerie nucléaire, que j’avais choisi le jour de cette fameuse signature, en l’occurrence, le Pluton, Arme de dissuasion nucléaire préstratégique. Eh oui, nous étions en pleine guerre froide, à l’époque, et le mur de Berlin n’était pas tombé ! L’abandon du Pluton aura lieu en 1993. En effet, en 1989, ce fameux mur de Berlin - qui scindait en deux une seule et unique ville, et a séparé pendant de nombreuses années des citoyens allemands d’une même famille - est tombé. La disparition du communisme dans l’Allemagne de l’est, la réunification de « deux Allemagnes », l'affaiblissement de l'Union soviétique (la fameuse perestroïka !) remettaient en question ce Pluton !

Et voilà que tout ce que j’avais appris pendant ces longues années en stages et en examens passait inévitablement au classement vertical (corbeille) ! Allez, remise à zéro et poursuite dans un nouveau domaine totalement différent pour moi.

Du képi à la toque, et du

fusil d’assaut aux popotes militaires !

Mais abordons le sujet qui me tient à cœur, celui de la restauration ! Durant mes années militaires, les postes que j’ai occupés m’ont amené à pratiquer la restauration de campagne. Je me suis régalé au travail de popotier. Les nombreuses sorties sur le terrain, appelées aussi manœuvres, nécessitaient la présence d’une unité de logistique indispensable à toutes les Armées. Le carburant, les pièces de rechange des véhicules, les munitions, plus bien évidemment cet essentiel pour qu’un soldat soit en pleine possession de ses moyens physiques : l’alimentation !

            Chaque responsable de cette lourde tâche disposait de deux camions dont l’un était caréné (alimentation des cadres) et l’autre bâché afin de protéger la nourriture de la nature (pluie, vent, soleil, etc). La structure d’alimentation générale de la troupe et des cadres fournissait les vivres frais et boîtages nécessaires au nombre de journées passées à l’extérieur du régiment.

Ce fut pour moi la suite logique de mon dernier job étudiant. Je passais du service à table à la confection et distribution des plats. Comme dans toutes les hiérarchies, la troupe est alimentée en très gros boîtages, ou en rations individuelles, jolies boîtes en carton dans lesquelles on trouvait : boîte de sardines (bien avant que Patrick Sébastien en fasse une chanson !), du pâté de cochon, des chewing-gums, la petite bouteille de Marc de raisin imbuvable, des caramels mous, des fayots en boîte et, nec plus ultra, les « Troupes » (cigarettes Gauloise !), qui disparaîtront avec la loi Simone Veil. Toutes ces merveilles à consommer nous changeaient un peu du libre-service régimentaire habituel.

            Pour ma hiérarchie d’officiers cadres, je pouvais laisser libre cours à mon imagination, tant que la structure d’approvisionnement me donnait carte blanche et que je ne dépassais pas les tarifs fixés par l’administration.

            Ce furent les premières prises de tête avec mon épouse ! Je lui confisquais son four pour préparer des plats de lasagnes – faciles de conception – et je les prédécoupais une fois refroidies en parts prêtes à être congelées. Je disposais de grandes glacières, et de glaçons à volonté, qui me permettaient de garantir la congélation de mes plats préparés. Je crois que je n’ai jamais autant servi d’escalopes à la crème, et de frites à table ! Quant à ceux qui désiraient être servis sur leur station de travail, la part de lazagnes chaudes était vendue cinq francs. A la fin des événements, je disposais d’un petit pécule prêt à être de nouveau investi pour l’alimentation des prochaines missions.

            Le gros inconvénient de ma première affectation au sein du régiment nucléaire, c’était les jours de services. Le week-end et les jours fériés, on continue à bosser ! On restait donc coincés à l’intérieur de nos bâtiments à maintenir la sécurité du site nucléaire. Chaque fois, il fallait occuper la troupe en attente d’intervention. Pour certains c’était du sport, pour d’autres du nettoyage de leurs armements individuels et des armes collectives. Quant à moi, de nouveau j’avais mon rôle à jouer : chaque début de week-end je partais en approvisionnement dans un magasin grande surface. La liste des ingrédients était toujours la même : farine, œufs, lait, sucre, pots de pâte à tartiner bien connue, confitures, bières et jus de fruits.

            Vous avez déjà une idée de ce que je pouvais réaliser avec ces ingrédients !  Oui, des centaines de crêpes ! Vendues entre 2 et 3 francs l’unité, la recette passait dans la « caisse noire » du groupement, et servait aux différents cadeaux, comme le départ de cadres qui quittaient ce groupement. Là ce n’était pas le régiment qui fournissait les produits puisqu’il y avait revente et bénéfice. En quatorze ans de présence dans ce régiment j’ai dû retourner à la volée des milliers de crêpes !

            Deux souvenirs de sortie en manœuvre régimentaire me reviennent à l’esprit. Pour le premier, nous étions sur un terrain vague sans protection contre les intempéries. Je pensais donc organiser le repas de midi par deux rotations dans mon espace caréné. Mais vers onze heures une unité en panne est venue se greffer dans mon dispositif, soit une dizaine de cadres supplémentaires ! Le temps devenait menaçant, le ciel noircissait à vue d’œil, en décembre quoi de plus normal ! Il fallait improviser car je n’avais pas assez de place dans mon espace caréné. Je fis donc installer suffisamment de tables et de tabourets en extérieur, chaque table recouverte d’un drap blanc pour lit en 90 - cela fait de magnifiques nappes ! Puis mes aides dressèrent l’ensemble dans un alignement parfait des assiettes blanches jusqu’aux couverts, sans oublier les verres.

            Un bon cassoulet bien chaud s’imposait d’office (gros boîtage oblige, par manque de temps). Puis l’heure de passer à table sonna et chaque cadre prit place. Une fois tous servis d’une portion bien chaude, l’inévitable arriva ! Des flocons de plus en plus compacts venaient couvrir mes assiettes de fayots. Eh bien croyez-moi, personne n’a bougé, et chacun a terminé son assiette sans laisser aucun reste. A cette époque, les téléphones portables avec appareil photo intégré, pour immortaliser cette séquence surprenante, n’existaient pas, et c’est bien dommage ! 

            Quant au deuxième souvenir, il me revient en tête chaque fois que j’ai froid aux pieds ! Pourquoi me direz-vous ? La réponse arrive…

            Nous partions pour un long voyage de nuit en « rame constituée », c’est-à-dire des dizaines de camions et de véhicules légers les uns derrière les autres, avec une consigne générale à chaque carrefour : le véhicule qui est devant ralentit tant qu’il n’a pas en visuel dans son rétroviseur le véhicule qui le suit. Dit comme cela, on s’imagine que personne ne se perd. Eh bien non ! Même si chacun détient une carte routière, il y a des coupures et donc des pertes de continuité en visibilité ! La destination est en Allemagne, en forêt noire et en plus il neige, ce qui n’arrange rien… Sans compter ceux qui cherchent désespérément sur leurs cartes le village d’Abweichung… mot qui signifie en français… déviation ! Certains cherchent encore !

            Nous étions en altitude en pleine forêt. Le dîner du soir avait été servi et je gardais du café au chaud pour les sentinelles qui montaient la garde. Une pause s’imposait pour moi. J’avais froid aux pieds, et la meilleure solution que j’ai trouvée fut d’ouvrir la porte de mon four à gaz réglé au minimum et de poser mes rangers au bord du four. Couché sur mon lit pliant, j’étais aux anges… jusqu’au moment où, une heure plus tard, un collègue frappe à la ridelle du camion.

  • Eh s’il-te-plait, un petit café me ferait le plus grand bien !

Je l’entendais frapper ses pieds par terre pour se réchauffer, car il devait faire en dessous de moins dix degrés dehors. Le comble fut le suivant : lui, il piétinait de froid, et moi… je me mis à piétiner de chaud ! Pourquoi ? Mes semelles de rangers, approchées du four chauffant, avaient commencé à fondre !!! Elles étaient tellement chaudes qu’une fois debout, je ne pus rien faire d’autre que m’assoir et enlever mes chaussures foutues pour lui servir son café. Avouez que cette situation était cocasse. C’était il y a des années et je me souviendrai toujours que le cuistot est toujours le mieux loti et le mieux rôti !

            Ah, la vie n’est pas un long fleuve tranquille ! « Avec le temps, va, tout s’en va… », comme le chantait le génial Léo Ferré. Ma mutation arriva. Finies les popotes de manœuvre, et finis les pieds gelés ou trop chauds ! Allez, on passe à autre chose. Pour moi, fini le nucléaire, et bonjour mon affectation en Etat-Major, à l’Administratif. Les premiers contacts avec cette nouvelle vie furent laborieux.  J’ai été affecté dans un organisme particulier qui gère les réservistes du département, c’est-à-dire les « anciens » ! A ce moment-là, j’ai tout juste 32 ans. Même si mes cheveux se sont mis en cavale, je me trouve encore jeune, un peu moins désirable certes, mais là n’est pas le sujet !

            Je n’ai encore qu’une envie, celle de changer de couvre-chef, et de passer du képi à la toque. Cela me titille l’esprit depuis un petit bout de temps, et je sais que le patron aime les cérémonies annuelles d’accueil des réservistes, surtout quand l’apéro est au rendez-vous ! Alors pourquoi ne pas organiser une petite sauterie réunion dansante, moi aussi ? Pour les réservistes qui apprécieront de se retrouver (ou de découvrir les nouveaux), je prévois en bouffe une choucroute party par exemple. L’idée était lancée, et ne mit pas cinquante ans avant de voir le jour ! J’avais carte blanche pour organiser cette première édition. Le décompte des futurs invités payants grossissait de jour en jour, et je m’inquiétais à raison des fonds nécessaires pour engager une telle kermesse. Notre caisse noire avait engraissé ces derniers temps avec la vente de pin’s à l’effigie du service dont je dépendais. Les pin’s étaient à l’honneur dans les années 90, et tous les anciens combattants arboraient fièrement sur leur casquette ou poitrine des dizaines de ces pin’s citant telle bataille ou tels faits relatifs à leurs exploits d’antan.    

            La choucroute, ce plat alsacien facile à réaliser, j’en ai servi de nombreuses fois, plus tard, à mes amis. Mon divorce viendra entacher mes surprise-party si bien rodées. Mais qu’importe le verre pourvu qu’il y ait l’ivresse !  Sur quatre années, je ne sais pas combien de bouteilles d’Alsace ont été vidées et combien de saucisses de Montbéliard, de knacks (saucisses de Strasbourg !), de pommes de terre, de palettes fumées, de tranches de lard et de choux cuits ont été ingurgités. Une chose est sûre c’est que chaque année il fallait des tables et des chaises supplémentaires pour loger toutes ces paires de fesses !  Quels bons souvenirs ! Même qu’à deux reprises, je demanderai l’aide de mon père pour faire face au gigantisme de ma petite entreprise. Puis – tout a une fin -, un super article de presse viendra clôturer en beauté la dernière soirée choucroute, et mon départ pour de nouveaux horizons.

            Bon, pendant ces 28 années dans l’Armée, la nourriture, vous l’avez vu, ça me connaissait.

Fin de ma fonction de sous-officier !

            C’est en 2004 que je prendrai la décision de mettre fin à ma carrière dans l’Armée. Certes, j’ai beaucoup aimé, pendant des années, m’y investir, y donner le meilleur de moi-même, y être reconnu, y lier des relations d’estime réciproque avec mes collègues, qu’ils soient sous-officiers comme je l’étais, qu’ils soient mes supérieurs ou encore des bidasses venant d’être recrutés.

La motivation de cette importante décision, je l’’avoue, est d’origine financière. Comme vous le savez certainement, en tant que militaire, on peut se mettre à la retraite relativement tôt dans sa vie. Et l’on perçoit donc, encore jeunes, une indemnité « retraite » de l’Armée. J’ai donc fait mes calculs avec ces constats : l’état nous saigne littéralement avec les ponctions de la CSG (Contribution Sociale Généralisée - merci Michel Rocaed!) et du CRDS (Contribution au Remboursement de la Dette Sociale) le gel des salaires. C’en est trop ! Un rapide calcul des émoluments que j’ai perçus pendant les 28 de ma carrière militaire, et du montant de ma retraite me déterminent à démissionner et à commencer à m’investir dans une vie active civile.

Adieu le kaki des tenues militaires, et vivent le bleu, le jaune ou le violet si j’en ai envie ! Ça y est, au petit matin, après une nuit neuronale très réfléchissante et pas rafraîchissante, j’ai sauté le pas, qui m’a conduit à une officialisation de ma décision.

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Donc, après avoir quitté volontairement l’Armée, j’ai exercé plusieurs métiers, et j’aurai l’occasion de les évoquer plus loin. Et vous le verrez, entre des missions salariées, il m’est arrivé de pointer au chômage !

Mais venons plutôt à mon récent présent, année 2019 ! En effet, c’est là que ma passion de la bonne cuisine a tenté de s’exercer professionnellement parlant !

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Ecole de formation aux métiers des Arts culinaires : recherche de candidats !

Voilà qu’une annonce de Pôle Emploi m’interpelle grave : celle d’une formation au métier de cuisinier ! Moi qui ai toujours adoré donner à manger pour faire plaisir aux papilles gustatives des autres (et aux miennes !), moi qui me suis spontanément investi, dans l’armée, dans des fonctions « nutritives », voilà qu’à l’aube de mes 60 ans, une occasion se présente d’en faire mon nouveau métier. 

C’est donc à la fin d’une nuit blanche, en me rappelant tous ces souvenirs, que j’ai décidé d’envoyer ma candidature au poste de futur étudiant au sein de cette école de formation aux métiers des Arts culinaires. Dès le début, je n’y croyais pas trop ! Hé oui, je peux être considéré comme trop vieux, et/ou comme ne bénéficiant pas de suffisamment de pratique en pure restauration. En plus, je n’ai aucune connaissance en anglais, alors que c’était demandé dans le message de candidature ! Mais quel rapport peut-il y avoir entre faire de la bonne cuisine et bien parler anglais ? Mystère et boule de gomme enfarinée !

Bon, il me fallait attendre de savoir si j’étais admis au préalable en journée d’information. Je dis bien information car c’est ce qui était inscrit sur le courriel de Pôle Emploi. Au bout de quelques jours ne voyant toujours rien venir, j’ai commencé à aiguiser mon crayon digital pour informer ma conseillère de mon désarroi, et pour lui demander une seule petite réponse, un oui ou un non me suffisait.  Hélas, toujours rien !

Un deuxième message de l’organisme de formation me demandait une fiche de prescription validant mon projet d’inclure cette formation (Pôle emploi doit fournir un document qui m’autorise à participer au tests de sélection) J’avais déjà fourni à Pierre, Paul, Jacques et Ding Dingue Dong tous les documents de types C.V, et lettre de motivation, qui pouvait mettre en avant mes envies d’approcher le fameux « piano de cuisson » - ces feux merveilleux où se cuisent nos bons aliments - Ah, les pianos de cuisson, ils me font rêver au milieu des étoiles. Idem pour les « pianos à bretelles » (accordéons !) qui accompagnent si bien la joie de manger, boire et danser.

            Ma persévérance finira par payer ! Je reçois l’invitation pour la réunion d’information et de présentation collective. Nous sommes samedi, et le rencart est pour lundi 9h00 tapantes, au centre d’une agglomération non encore visitée de mes propres yeux. Je décide donc de faire une petite balade dimanche matin afin de faire une reconnaissance de l’itinéraire et des lieux où je dois aller.  Reconnaitre la veille c’est typiquement militaire mais réellement nécessaire. Il m’est arrivé l’année dernière de faire confiance à mon GPS, et le matin au départ de mon domicile, un brouillard à couper au couteau empêchait toute connexion au réseau de l’appareil. Par chance, 60 kilomètres plus loin, à l’entrée de la ville, l’appareil s’est mis à biper et s’est connecté automatiquement. Je n’avais pas reconnu les lieux précédemment et honnêtement quand on ne connaît pas une ville c’est parfois bien difficile de se diriger à un point bien précis. Mieux vaut prévenir que guérir !

            Me voilà donc arrivé au matin de cette réunion d’information et de présentation collective « Devenir cuisinier ». Réveil à cinq heures du mat, Paris s’éveille, je n’ai plus sommeil – merci, Jacques Dutronc, de si bien m‘accompagner dans ces levers à l’aube ! Je me dois d’être à l’heure, certes, mais là j’ai quatre heures d’avance pour prendre mon petit-déjeuner, me doucher, m’habiller et m’éjecter vers cette réunion collective. Je déteste être en retard, et je ne supporte pas celui des autres.

Me voilà donc arrivé bien en avance à cette journée d’information sur le métier de cuisinier. Je me prends un dernier petit café à la machine du hall d’entrée, et le clap de début de séance raisonne.

Les présentateurs sont quatre. Ils nous énumèrent les différentes parties de la matinée qui, sur le papier, est prévue jusqu’à quatorze heures (drôle de matinée qui finit à 2 heures de l’après-midi). Il est question du règlement intérieur de l’établissement où se passe le stage durant une année scolaire et en particulier de l’habillement strict pour pénétrer les lieux : pantalon de ville, chemise et veste, pas de barbe, pas de collier apparent, pas de bagues monstrueuses, et encore moins de pinces dans les narines ! Pour ceux qui seront sélectionnés après les tests (tiens, y’a des tests ? Ce n’était pas annoncé), et pour ceux-là seulement :
« Vous allez appartenir au futur personnel ambassadeur de la restauration française. Super ! Puis : « Etant donné que les cours seront donnés dans ce lycée professionnel où vous serez en stage, une multitude de jeunes adolescents y déambulent, et vous devez monter l’exemple ». Point final, fermez les guillemets ! 

            Eh bien nous voilà prévenus. Quant à mes pantalons de ville et à mes vestes, il y bien longtemps que j’ai fourgué tout ça au Secours Catholique. Si je suis dans le lot des acceptés, il va falloir que je me refringue à neuf !

Alors, passons aux tests qui, me semble-t-il, n’apparaissaient pas, et n’étaient donc pas annoncés sur la note de base… En maths, je m’y attendais : que des problèmes de proportions. Ah, cette fameuse tarte coupée en douze, et un quart pour ma sœur, un demi de ma sœur pour mon frère… Combien en reste-t-il si le chien en a volé une part ? etc…

En français, une étude de texte à priori simple pour moi mais manifestement complexe pour mon voisin espacé d’une table !

Un autre questionnaire est purement alimentaire, avec la recette de ma dernière réalisation faite à la maison, puis la citation des noms des grands chefs de la cuisine française … Fastoche !

            Et le meilleur arrive enfin : un questionnaire d’anglais… J’y inscrirai que dans l’est de la France, dans les années 70, il n’y avait qu’une seule langue au programme de ma sixième et cinquième : l’Allemand. J’ai donc été le premier à sortir de la salle puisque je ne voyais pas l’intérêt de m’abrutir à essayer de déchiffrer ces textes puisque je n’y comprends rien. Pour moi, l’anglais, c’est de l’Arabe ou des hiéroglyphes égyptiens.

            Arrive l’entretien individuel, après une demi-heure – d’attente - surprise, encore une épreuve pas annoncée !

Mes examinateurs sont trois : un homme au centre, une femme de chaque côté. Je leur fais part de l’envie d’ouvrir une petite échoppe au moment de ma retraite avec toutes les connaissances acquises, si je rentre en formation. La première réponse du chef me surprend :

  • « Mais monsieur, vous pouvez ouvrir demain un restaurant et empoisonner tous vos clients. La justice ne pourra rien y faire, nul besoin d’un examen d’état pour faire de la cuisine ».  Fin de citation… La justice laisserait donc des restaurateurs intoxiquer leurs clients par une nourriture périmée ? Point d’interrogation, et gros doutes sur la véracité de cette péremptoire affirmation.

J’étais presque prêt à leur dire au revoir, mais au final, c’est eux qui mirent fin à cet entretien très rapide. Les jeunes femmes me semblaient bien sympathiques mais quant à celui qui était probablement leur chef, je l’ai trouvé quelque peu péremptoire et fermé !

Allez c’est terminé-emballé, fais ta valise, mon vieux, et rentre chez toi. Mon stress est tombé en une fraction de seconde. Reste à venir le « post stress », celui qui vous étreint devant la longueur d’une réponse d’admission ou de non-admission de ma candidature.

            Encore une fois, si mon esprit chahuteur ne me joue pas des tours, il m’a semblé avoir entendu que nous aurions les résultats dans la soirée… Les aiguilles tournent… Vingt heures : toujours rien… Peut-être demain, que sais-je ?

Quatorze heures le lendemain. Je ne suis pas de nature patiente… Je cherche donc dans tous ces papiers une adresse mail où je peux joindre le Chef du clan d’informateurs. Ceci étant résolu, je fais un petit courrier correct et respectueux à ce jeune homme en expliquant bien que la rentrée scolaire c’est le 02 du mois suivant et qu’il me reste juste deux jours ouvrables pour acquérir ces fameux pantalons de ville, et d’y faire obligatoirement des ourlets qui se font rarement sur le champ.

A propos de mon courrier, ci-dessous, il est bien évident que les noms et prénom du destinataire, ainsi que les noms des villes appartiennent à ma pure inspiration personnelle, et qu’en aucun je ne cherche à nuire à qui que ce soit.

En voici l’intégralité :

Courrier en PDF à l’attention de :  Monsieur Jean Sais.  Organisme :  A.T. Souhaits, Ville de Merci Bocou

Candidat : (Moi-même) - Identifiant 666666

Objet : Suite à la Journée d’information, de tests, et d’entretiens individuels, suis-je admis ?

Vos références : Invitation à la réunion N° 7777

PJ - Fiche de prescription de formation délivrée par Pôle Emploi

Bonjour monsieur Jean Sais

            Lors de l’entretien final de la journée citée en référence, il était question d’une réponse dans la soirée (négative ou positive). Or à ce jour, 27 août 2019, quatorze heures, aucune information de réussite ou d’échec ne m’a été transmise ni par téléphone ni par mail et encore moins dans mon espace personnel (site pôle emploi). Je suis allé à l’accueil de Pôle Emploi ce matin afin de rencontrer ma conseillère, en l’occurrence madame Paulette Meurisse. Cette dernière m’a conseillé de vous appeler, ce que j’ai fait dans la foulée. Votre secrétariat n’a pas pu m’informer, et m’a laissé sous-entendre que je serai contacté prochainement. 

            La rentrée scolaire étant le 02 septembre, il reste peu de temps afin, d’une part de me munir des effets d’habillement correspondant au règlement intérieur de l’établissement de St Paul la Défonce (pantalon de ville et veste) et de réaliser des ourlets qui rarement se font dans la journée. D’autre part, j’ai également très peu de temps pour prendre rendez-vous avec ma conseillère de Pôle Emploi afin de demander une mise en place de mes futurs frais de déplacements (de mon domicile au lycée professionnel). Si les frais sont raisonnables, je continuerai à vivre à mon domicile.  Si inversement mes trajets aller-retours me coûtent trop cher, je prendrai une location meublée sur place, ce qui m’impose un préavis de départ d’un mois à mon propriétaire actuel. J’ai quand même parcouru 140 kilomètres pour ces tests le 26 août 2019.

Auriez-vous la gentillesse de répondre à ma question : suis-je reçu ? Et de m’en informer par une courte réponse : oui ou non. Ça me suffirait largement pour passer à autre chose, en cas d’échec, ou pour me préparer à intégrer la promotion suivante, qui débute une semaine plus tard à Sardagne (plus proche de chez moi) ce que je souhaite ardemment.

Je vous d’agréer, monsieur Jean Sais, l’expression de mes salutations cordiales et distinguées.

Sa réponse ne tardera pas à venir : la réponse des reçus ne sera pas faite avant vendredi. Qu’il en soit ainsi ! Je me présenterai donc en jeans le jour "J" si je fais partie des heureux élus. Avec une réponse aussi tardive, je n’aurai pas le temps d’acheter mes nouvelles tenues, et de faire réaliser ourlets.

Mais le lendemain, surprise, je reçois un nouveau mail. Cette fois, une secrétaire m’envoie deux diaporamas. L’un sur tous les éléments relatifs au stage, l’autre contenant la plaquette d’accueil de l’organisme d’A.T Souhaits. Tiens donc ! Il n’y a aucun élément traduisant une réelle intégration, aucun texte ne précise les noms des reçus… Mon inquiétude grandit. Suis-je reçu ? Suis-je recalé ?  Je consulte alors l’entête du message et les destinataires. Douze adresses de destinataires y figurent. Or, ils nous avaient bien précisé que bien qu’étant 18 candidats, seules 12 places étaient disponibles. Bon Dieu, mais c’est bien sûr : puisque je suis dans les 12 destinataires, c’est que j’ai été sélectionné ! Il faut donc faire preuve de pas mal d’intuition pour déceler ce qui devrait être écrit dans un langage simple du style : « Bonjour monsieur nous sommes heureux de vous compter parmi », bla bla bla… A moins que… patience, patience…, ce soit à Pôle Emploi d’annoncer la bonne nouvelle, allez donc savoir !

            Après tout restons zen ! Il faut que je m’imprègne de l’inexorable sagesse du dicton « Patience est mère des vertus » !

Figurez-vous que j’avais bien cru devoir renoncer brutalement à ma candidature. En effet, 15 jours avant ma candidature, mais déjà bien motivé pour devenir cuisinier, je m’étais fissuré une côte… à cause d’une position absolument débile pour attraper un objet dans ma voiture… Faut l’faire ! Mais heureusement, le radiologue m’avait vite rassuré :

- « Dans une semaine vous irez mieux » !

À priori il connait bien son taf ce toubib. Je lui ai donc fait confiance, j’ai mis cette douleur de côté (c’est le cas de le dire puisque j’avais une côte fêlée sur le côté), et j’ai maintenu ma candidature pour être formé sur ce métier de cuisinier qui me fait rêver.

Mais si mon corps allait mieux, mon esprit, lui, il vagabondait pas mal, ces jours-ci, à la lecture de ce mail d’une secrétaire de l’organisme A.T. Souhaits.  J’avais encore du mal à analyser en toute objectivité ma présence dans la liste des 12 destinataires. S’ils en prennent 12 et qu’on était 18, c’est que je suis reçu ! Oui ? Non ?  Je les ai encore recomptés tout à l’heure, cela devient absurde. Calme-toi mon vieux !

            Hyper motivé comme je le suis, j’ai même calculé ma capacité à tenir toute une journée en salle de cours. Je devrais sans aucun problème y arriver puisque le temps que je passe assis, et que je consacre à la confection de mes bouquins, se passe très bien, et sans somnolence ! Me voilà rassuré car je ne me vois pas en train de ronquer (dormir + ronfler !), et d’être rappelé à l’ordre par le professeur, ça la foutrait mal !

            Demain matin je vais rendre visite à Pôle Emploi.  Peut-être auront-ils d’autres éléments ? Quoi qu’il en soit, ce sera l’occasion d’ouvrir le dossier de remboursement de mes frais de déplacement.

Quant aux fournitures diverses de type cahiers et stylos, j’ai ce qu’il faut. C’est surtout d’un cerveau qui fonctionne plein pot pendant dix mois que j’ai besoin ! Quand j’y pense, un vieux comme moi a beaucoup de facilité pour écrire et rédiger ses « mémoires » sur page blanche. C’est vrai, ça libère une partie de ma mémoire déjà bien pleine. Mais vais-je bien trouver encore une place pour tout retenir de cette formation à venir ? Il va falloir y fourrer tout un tas de trucs et de formules qui, à coup sûr, ne me serviront jamais. Mon intuition, c’est que seul le quart de la moitié du tiers ce qu’ils nous auront appris me sera utile à l’obtention du savoir-faire culinaire. Ah, dans la foulée, j’imagine ma troisième étoile de chef de cuisine !  Ah, régaler les palais, étonner, ravir par le goût subtil et par le dégradé de coloris qui s’harmonisent dans une assiette artistiquement décorée ! Hé, on peut toujours rêver !

* * * * * * * * * * * * * * * * *

L’écriture : mon autre passion,

et … « Assistant numérique »,

ma 1ère galère de formation…

Bon, on va y revenir, à cette fameuse formation pour réaliser mon rêve étoilé, et devenir cuisinier.

Mais auparavant, puisque nous avons tous un peu de temps, vous qui me faites l’honneur de me lire, et moi qui écris (même si souvent, ça me fait ramer), autant en profiter pour vous faire part de mon autre passion : l’écriture témoignage !

Bon, ce soir, je suis en train d’écrire ce bouquin que vous êtes – je l’espère – en train de lire. Il est temps que je fasse une pause. Je viens à peine de commencer et j’ai déjà noirci vingt pages. Si je ne ralentis pas rapidement, à la fin juin, l’année prochaine, juste avant de me couvrir de ma belle toque blanche j’en serais à plus de mille pages ! En plus, compte tenu de l’heure vespérale plutôt tardive, j’ai du mal à trouver mes mots… Trop, c’est trop !« Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement » – dixit un Nicolas Boileau d’un siècle très ancien, et qui rajoutait « et les mots pour le dire arrivent aisément ». Sur ces paroles admirables, je fais ma pause.

            Bon, ça y est, me voilà requinqué. Avec une citation, nous nous sommes ensemble baladés dans les temps anciens. Mais revenons à notre 21ème siècle digital !

Vous dire que les premiers mois où je m’étais inscrit à Pôle Emploi, j’avais écrit mon premier ouvrage : « Stop aux clopes.com » (que je vous évoquerai plus loin). Ayant acquis un site internet payant, je fournissais mon « Stop aux clopes » en lecture gratuite. Oui mais le visuel de ce site avait besoin d’un bon coup de renouveau. Pour pouvoir faire des modifications sans trop ramer pour y arriver, il faut avoir des compétences en tant qu’administrateur de site internet. Pour développer une bonne image de son visuel, il faut en effet quelques règles de base indispensables. À cet effet, je m’étais inscrit sur un stage de 6 mois, qui m’avait été rapidement accordé.

            Malheureusement, c’est un stage d’Assistant Numérique que j’ai suivi… Un stage précédent m’intéressait, et correspondait vraiment à mes besoins de perfectionnement. Hélas, la dernière place m’était passée sous le nez. Je me suis donc laissé embarquer dans ce stage alors que je ne maitrisais ni les rames ni le gouvernail ! C’est le cas de le dire : quelle galère !

            J’ai donc commencé cette formation. Et confirmation : rien de rien ne correspondait à mes attentes. Dans ce genre de stage, on nous donne heureusement six jours de réflexion avant de quitter le navire.

Quitter le navire avant de sombrer dans les eaux numériques gluantes, dès le 4ème jour, je l’ai fait - comme il se doit, par courrier recommandé. Un lambda m’a remplacé en début de semaine suivante, et si le gars avait quelques notions en langage informatique, il a sans doute pu récupérer les cinq jours du début d’activité. Ce fameux langage s’apprend dès le collège et plus tard ensuite au lycée. C’est indispensable pour concevoir un site de toutes pièces. Moi j’ai déjà un site payant et c’était juste une formation d’administrateur de site qu’il me fallait. Si j’avais bêtement continué le stage en question je me serais retrouvé secrétaire quelconque dans une boîte, à me languir d’attendre la fin de la journée.

Ah, vous dire que j’avais pour « collègue » de formation, une petite dame qui, j’en suis sûr, est aussi partie certainement le lendemain. Cette petite dame planait à quinze milles ! Nb – Pour ceux qui aiment naviguer, sachez que le nom « mille » est une unité de mesure internationale pour les distances en navigation aérienne et maritime, et qu’il prend un « s » au pluriel… Tous les deux, on était en navigation aérienne, sûr de sûr ! Elle planait donc à 15 milles, et je la suivais de près, tel Frankie Zapata volant dans les airs, le dimanche 4 août 2019, au-dessus de la mer, avec son flyboard traversant la Manche.

            Il y a des jobs comme ça, assistant numérique, où seuls les jeunes ayant une bonne formation de base sont aptes à ce genre de réflexion binaire. De toutes les façons il y aurait eu un clash à un moment ou un autre. En effet, les intervenants qui venaient de petites entreprises du coin n’avaient rien de pédagogue. C’était du genre qui se cache derrière son écran d’ordi, sans même se soucier si l’image qu’il commente est bien celle projetée au mur, et qui vous dit calmement :

  • « Si t’as pas compris, va chercher la réponse sur internet » !

Avec des réflexions de haut vol de ce genre, autant rentrer chez soi, et commander des cours par correspondances ! Et puis il n’y avait pas que ça ! Ajoutez-y la logistique, et vous avez tous les ingrédients d’un « foirage » quasiment complet. Ainsi, la plupart des tables étaient bancales, les sièges étaient inconfortables à tel point qu’une chaise en bois aurait été plus agréable pour le dos. Au milieu de la salle de cours, un amoncellement de vieilles bécanes (ordis) bonnes à mettre à la casse et qui empêchaient de positionner le rétroprojecteur plus loin en arrière afin d’avoir une image correcte à visionner. J’en passe, et d’autres et d’autres encore ! Oh la-la, j’étais très heureux d’avoir pris cette décision.

Pour en finir avec le stage machin numérique, ne pas omettre de vous dire que, dans une salle voisine de la nôtre, un autre stage avait lieu. Dans cette salle, il y avait douze femmes. Ah, ce 12 !  A plusieurs reprises, pendant les quatre journées que j’ai passées à naviguer au gré du paysage numérique sans cesse changeant, je suis sorti pour aller au petit coin. Le couloir longeait cette salle de cours qui était vitrée. On pouvait ainsi voir leur professeur - féminin aussi. Je vous assure que c’était un réel plaisir de la voir debout devant son tableau blanc, elle qui, d’une voix percutante, donnait un cours magistral à ses élèves toutes concentrées et hypnotisées par la clarté de ces propos. C’était beau à voir et à écouter. J’aurais volontiers changé de salle !  Quand on est bon, voire excellent comme elle l’était, on ne devient pas professeur ou intervenant du jour au lendemain. Ce n’est pas inné, mais c’est une profession de foi. Il faut y croire et faire preuve de beaucoup d’assurance et de pédagogie.

            Me voilà donc, ouf, extirpé de cette navigation inutile et incertaine. J’avoue que ça a été beaucoup plus facile pour moi de me sortir de ce sac de nœuds que d’autres stagiaires. Ayant moi-même déjà une petite pension militaire, je ne risquais pas grand-chose financièrement. Par contre, la plupart d’entre eux étaient en fin de parcours d’allocation chômage. Le fait de prendre ce dit stage, les prolongeait de 6 mois d’indemnités. Je comprends très bien qu’avec une famille à nourrir, on s’agrémente de tout, du meilleur comme du pire. Pour ma part, je quitte la ville du stage pour rejoindre à nouveau mon domicile.       

             Quelques semaines plus tard, je serai harcelé sur ma boîte mail par les sondages IPSOS qui me relanceront de nombreuses fois pour que je leur donne mes sentiments à l’égard de la formation « Assistant internet » que je venais de quitter. J’ai failli une fois leur envoyer un courrier qui stipulait clairement que s’ils m’embauchaient à un tarif sympathique, je m’engageais à suivre une formation de formateurs de formateurs, et je pense qu’ils auraient sans doute compris.

            Ah, vous préciser qu’à ce stage d’assistant numérique, nous étions 12 élèves aussi. 12 ? Ce sera le nombre d’admis au stage de cuisinier, celui pour lequel j’attendais toujours la réponse. Il y aura douze personnes au total pas un de plus ni un de moins. Les budgets engagés par le département ne doivent pas dépasser une certaine allocation budgétaire. Soit, mais ô combien les réponses mettent de temps pour nous faire savoir si oui ou non on pourra s’investir dans une formation de cuisinier si convoitée ! Patience, patience.

A l’issue de ce stage « Assistant numérique » foireux car ne correspondant ni à mes besoins, ni à ma capacité de m‘investir professionnellement là-dedans, je n’ai pas compté la multitude de courriers que j’ai transmis à Pôle Emploi, pour bosser de nouveau ou suivre une nouvelle formation. Ce stage « numérique », ne s’étant pas bien déroulé, j’avais été très étonné de la proposition très rapide de Pôle Emploi, pour faire un nouveau stage d’apprenti cuisinier. Une interrogation : il n’y aurait vraiment aucune concertation entre les services de chaque région ? Si la réponse devait s’avérer positive, je comprends maintenant pourquoi il y a autant de fraudes avec des inscriptions au chômage sur plusieurs départements à la fois, et des « chômeurs » qui touchent plusieurs fois les Assedic…  Certes, même au sein d’une seule ville, il y a parfois peu de concertation entre police et gendarmerie voire police municipale. Enfin c’est un autre problème et ce n’est pas le cas partout ! Et je n’ai aucune envie de déblatérer sur Pierre, Paul, Jacques, et Cie !

Revenons à nos moutons, et pensons objectivement casseroles et marmites ! Mais avant, une petite parenthèse sympathique se présente à moi.

Intermède au son d’une cigale !

            J’ai reçu hier soir un message de Claudine, une vieille copine, au sens propre comme au figuré. Elle veut déjà fêter ma réussite à cette formation de cuisinier, avant même que mon résultat ait été annoncé ! Claudine est une de mes lectrices, et peut-être bien que je lui écrirai bientôt un livre, elle qui, dans sa jeunesse, a été comme moi sous-officier dans l’armée.

Chères lectrices, chez lecteurs, si vos pas vous mènent de temps en en temps dans le midi, ou si vous y résidez, les cigales, vous connaissez ! Eh bien Claudine en est une ! Elle stridule du matin au soir sans faire aucune pause ! Avec elle ce n’est pas un dialogue mais un monologue ! Je n’arrive jamais à en placer une ! Alors quand j’en aurai le temps, je lui écrirai ce que je n’ai pas encore pu lui dire depuis plus de quinze ans que je la connais. Ça devrait faire un bouquin, mais je vais encore avoir un problème avec elle… Dans la nature, la vraie, c’est la cigale mâle qui stridule pour attirer sa femelle. Claudine, c’est elle qui stridule ! Alors attention…

Formation cuisinier que j’ai tant convoité :

Enfin la réponse !

            Le temps passe… Même si j’ai envie d’y croire, je ne crois plus à ma sélection pour cette formation de cuisinier… mais je m’accroche à l’espoir ! Ce soir, la soirée s’est terminée tard, après un petit repas sympathique avec ma fille. Tout de suite après son départ, je me suis calé devant mon écran préféré pour surfer sur mon site perso Pôle Emploi, à la recherche d’un éventuel message. Tous ceux qui ont pratiqué l’exercice de leur espace personnel sur Pôle Emploi me comprendront… Et c’est en ouvrant la boîte de dialogue des stages en cours, que j’ai découvert le « billet doux » que les futés m’ont gentiment déposé. Il va me faire pousser un râle de colère !

La réponse est indiquée en bas de fenêtre (en tout petit) et c’est :

« Non-retenu »

La raison du non ? Rien, vraiment rien n’est précisé. J’ai la rage de la déception intense. Il est une heure du matin et l’on est effectivement vendredi, jour de vérité. Je regarde en détail l’énoncé du texte et cherche à quelle heure ce message est arrivé et quel jour aussi, peut-être était-il déjà là ce matin ou en début de soirée, mais rien ne le prouve ! J’ai beau scruter, ni la date d’envoi ni l’heure, ni même le nom ou la fonction de la personne qui est expéditeur de ce maudit message n’apparaissent. Il y a franchement de quoi être en colère !

            Je me donne une demi-heure de réflexion. Que va-t-il falloir faire ? Quelle réaction avoir, et comment l’exprimer ? Il reste un jour ouvrable avant le week-end ou plus exactement vingt-deux heures trente. Pôle Emploi ferme à midi trente le vendredi, et le peu de renseignements que j’ai eus jusqu’à présent reste tellement flou qu’il est inutile de perdre du temps à commencer par un courrier à ma conseillère. Elle l’ignorerait en allumant son ordinateur ce matin afin d’avoir l’esprit tranquille pour commencer son week-end.

            Il est 2h15 du matin ! Action – réaction… Je ne connais pas le pourquoi du refus de ma candidature… Je ne peux donc pas les interpeller à ce sujet. Par contre, il y a eu clairement une erreur du secrétariat qui m’a sélectionné dans la liste des douze destinataires du détail complet du stage. A moins que la décision négative ait eu lieu après une première acceptation ? Quoi qu’il en soit, ce message, rappelons-le, m’a automatiquement laissé penser à une possible intégration au sein du groupe, puisqu’il y avait 12 destinataires, pour 12 places disponibles. Je ne suis quand même pas le seul imbécile à avoir fait cette déduction !

Mes cellules grises se tamponnent les unes aux autres et enflamment mes sinus. Il faut réagir, et je ne peux pas me résoudre à me coucher, même s’il se fait bien tard déjà ! Et pourquoi ne pas demander le remboursement des fringues que j’ai achetées pour faire la rentrée ? Après tout si cette secrétaire avait attendu les résultats définitifs avant d’expédier cet email, OU si elle avait eu des consignes claires, je n’en serais pas là !

Voilà exactement ce qui est spécifié sur mon espace personnel (Pôle Emploi) « en cas de refus » :

            « Votre entrée en formation a été refusée. Quels sont vos recours ?

  • Vous pouvez dans un premier temps contacter l’organisme de formation pour connaitre les motifs de refus.
  • Vous pouvez également en informer votre conseiller Pôle Emploi, qui pourra faire un point avec vous, sur votre projet de formation ».

Allez c’est parti, j’écris un mail au directeur de l’organisme !   

Expéditeur : Moi-même.

Destinataire : Monsieur le Directeur

Objet : Demande de remboursement de frais d’habillement imposés par l’organisme A.T Souhaits pour intégrer à St Paul la Défonce la formation n° XYZRAAAA

Monsieur le directeur,

            J’ai répondu il y a quelques jours à une annonce de recrutement concernant une formation en CAP de cuisinier. Afin de pouvoir prétendre à être inscrit, j’ai été invité à participer à une réunion d’information collective le 26 août 2019 à 9 h00, organisée par A.T.Souhaits, à laquelle je me suis présenté.

            Lors de cette information de début de matinée, il nous a été demandé d’avoir une tenue irréprochable pour circuler à l’intérieur de l’enceinte du St Paul qui va accueillir la formation de douze candidats qui seront sélectionnés pour obtenir le CAP de cuisinier. Les trois personnes nous accueillant nous ont rappelé avec insistance que la chemise était recommandée sous une veste ou un veston, que la barbe, les bagues, les bracelets, les colliers, - ainsi que les jeans ! - étaient proscrits.

            S’en est suivi une série de tests puis un entretien final très bref. Il me semblait avoir entendu lors de cette réunion que nous aurions les résultats le soir même. Le lendemain vers 14 h00 n’ayant toujours pas de réponse je me suis permis d’adresser un mail à monsieur Jean Sais (copie en PJ). Sa réponse arrivera par mail à 15h42. Le texte est le suivant :

« La décision vous sera rendue au plus tard vendredi et non le jour-même, par PÔLE EMPLOI. Dès que les résultats seront validés, nous vous en informerons ».

Signé Jean Sais, d’A.T Souhaits

            Monsieur le Directeur, le lendemain 28 août, je passe donc à Pôle Emploi, qui est censé avoir mes résultats – dixit Monsieur Jean Sais. Je prends donc contact avec ma conseillère, Madame Paulette Meurisse, pour lui demander des nouvelles. Mais non, elle ne détient aucune information !

J’en profite pour lui exposer un problème inquiétant concernant ma boite mail qui a disparu de mon espace personnel alors que cette boîte m’est indispensable. Elle me fournit le numéro du support technique et en 10 minutes le problème est réglé.

Le 28 après-midi à 13h32 un mail arrive sur mon adresse personnelle. Il vient du secrétariat d’A.T. Souhaits et ce mail comporte donc les deux pièces jointes dont je vous ai déjà parlé (programme complet du stage en 17 diapos, et l’emploi du temps des dix mois de stages). Aucune autorité n’étant désignée dans le mail précédent de monsieur Jean Sais, je fais immédiatement le décompte du nombre d’adresses de destinataires. Douze aux total, douze candidats à retenir, et douze seulement seront retenus, nous avaient prévenu les intervenants de la réunion du 26 août. Mon nom figure dans les douze destinataires. J’en déduis donc que je suis sélectionné.

            La journée du jeudi 29 août, je me tourne de nouveau vers ma conseillère de Pôle Emploi, et je lui montre une copie du mail reçu la veille. Aucun doute, dans son esprit, c’est bien l’organisme d’A.T. Souhaits qui doit m’informer de la réponse. J’en profite pour lui demander une mise en place de frais de déplacement. Elle me confirme qu’elle prend les renseignements et qu’elle m’en informe au plus tôt. Je décide en outre d’acheter les tenues vestimentaires demandées, pour être en conformité avec le règlement intérieur.

               Le 29 dans la soirée, je me connecte au site Pôle Emploi et à ma messagerie. Aucun nouveau document récent n’y figure. C’est en me connectant à l’onglet « parcours formation » de mon espace personnel Pôle Emploi, vers une heure du matin le 30 août 2019 que je découvre avec stupéfaction le terme « Non retenu ». C’est la première fois que je visite cette partie de mon espace perso. En effet, l’obligation des changements d’identifiant et de mot de passe avait généré sa suppression…

Vive l’informatique quand ça fonctionne, et vive l’intervention efficace du service hotline technique de Pôle Emploi.

                        Les questions qui suivent me taraudent :

  • Pourquoi envoyer à un candidat non retenu le planning complet de cette formation au CAP cuisinier, s’ils savent pertinemment que n’étant pas sélectionné, il ne s’y rendra pas ?
  • Pourquoi mon Pôle Emploi n’est pas au courant de l’information, sachant que leurs bureaux ferment à midi le vendredi 30 août 2019 ?
  • Pourquoi n’y a-t-il pas une cellule qui affiche le jour et l’heure où le message de refus est envoyé ?
  • Enfin, pourquoi y a-t-il douze destinataires sur le message du secrétariat d’A.T. Souhaits ?  Nous étions plus d’une quinzaine à participer à cette réunion d’information le 26 août 2019, pour 12 places.

            Si je n’étais pas allé fouiller, je dis bien fouiller, toutes les cases de mon espace personnel de Pôle Emploi, jamais je n’aurais trouvé cette réponse négative très bien cachée, envoyée à je ne sais qu’elle heure et quel jour ! J’avais pourtant fourni à A.T. Souhaits tous les renseignements demandés, y compris mon adresse mail personnelle. A quoi ça sert d’en demander autant pour, au final, n’utiliser qu’un espace mail pour informer d’une décision importante qui a des conséquences non négligeables sur le devenir des destinataires ?

Je vous prie d’agréer, Monsieur le directeur, l’expression de mes sincères salutations.

            J’envoie donc ce mail au directeur de A.T. Souhaits, en y ajoutant quelques pièces jointes :

  • l’une qui argumente en détail ma demande de remboursement,
  • l’autre est une photo de mes tickets de caisses pour les vêtements réglementaires achetés.

Il est 4h00 du matin… j’ai l’énergie de transformer tout ça au format PDF et il est 4h10 du matin quand j’expédie le tout.  Je peux donc aller me reposer… Mais pas sûr qu’en cette heure hyper nocturne j’arrive à m’endormir… Enfin, l’essentiel est que ce directeur pourra consulter mon message, dès qu’il ouvrira son adresse mail.

Aucune réponse n’arrivera rapidement. Rien, rien de rien, que dalle ! Il faudra que j’attende jusqu’au vendredi 30 août 2019, 19h00 !!!

           

Bon, en attendant cette réponse, il faut que je me lave le cerveau !

Je crois que je vais rendre visite à ma copine Claudine, cette chère cigale, histoire de striduler ensemble, chacun dans son monologue.

Ces temps-ci, j’ai la scoumoune. Vrai de vrai, elle me colle à la peau, comme ces petits poissons nettoyeurs qui désinfectent les cétacés.

* * * * * * * * * * * * * * * * *

Embauche d’un chauffeur poids lourds pour tracter des caravanes OU ma scoumoune illustrée

Ma dernière galère n’est pas si vieille car elle date de début juin. J’ai répondu ce jour-là à une annonce d’emploi sur le journal local. L’annonce était brève : « Recherchons chauffeur poids lourd pour tracter caravanes, en juillet et août ».

Je décide de quitter la terrasse, où je dégustais une boisson fraîche, pour rejoindre mes pénates, y récupérer mon téléphone portable après avoir cherché un moment où j’avais pu le poser, et appeler l’annonceur. Ah, ces portables, ils ont beau être ultra portables, parfois, nous les plus de 60 ans, on les oublie là où on les a posés car on n’est pas nés avec, et qu’on apprécie de les laisser silencieux dans un tiroir. Alors, concernant cette annonce de chauffeur poids lourds, je me dis, avant d’appeler, que puisqu’il était déjà 17h00, le serait peut-être déjà honoré ? Eh bien non ! Aussi bizarre que cela paraisse, la dame au bout du fil m’annonce que je suis le premier à appeler. Elle me demande si j’ai bien le permis adéquat (oui oui), d’apporter une copie de ma carte Vitale, et de me munir de mon permis de conduire. Enfin, elle me fixe un rendez-vous le lundi 17 juin à 13h30, à l’adresse de son domicile qu’elle me transmet oralement. Parfait ! Un premier contact a été programmé. J’assure mon interlocutrice que je serai bien au rendez-vous. Et je raccroche, satisfait d’une perspective professionnelle qui se profile. Même si ce job n’est que pour l’été, il correspond à mes compétences et il m’assure un revenu provisoire qui mettra du beurre dans mes épinards.

                        Le 17 juin j’arrive à 13h00, légèrement en avance, histoire de ne pas me faire « doubler » par un autre candidat qui aurait appelé !  Mais bon, je suis seul. C’est monsieur De la Fontaine qui me reçoit. Il m’installe à l’ombre, sur la terrasse, autour d’une table. Puis madame se présente à son tour. Voyant mes documents, elle les consulte. J’ai pris de ma propre initiative deux anciennes fiches de mes salaires précédents :

▪ Une de chez Kalach à Bourgmestre, en tant que chauffeur SPL (Semi-remorque 38 tonnes). Contrat mensuel.

▪ Et l’autre de chez Nicov à St Martin, en tant que chauffeur de bus scolaires, contrat mi-temps.

Elle les consulte et m’annonce le salaire proposé par son entreprise :  XX € nets/mois). Je négocie quelques points logistiques, et j’accepte la rémunération. 

            Vient enfin le moment des informations sur le dit-travail en question. Ce job consiste à accrocher des caravanes en dépôt chez eux et de les amener dans différents campings de la région, sur les emplacements habituels du vacancier qui arrive en congé d’été. Effectivement il faut le permis poids lourds pour tracter des caravanes de plus de 7 mètres de long !

Je lui explique que j’ai 60 ans le 1er juillet, et que je passe ma visite médicale poids-lourds le lendemain. Elle acquiesce, et me répond que son mari, même âge que moi, a les mêmes contraintes.

            Entre mes futurs employeurs, plusieurs altercations viendront « animer » la conversation. Les deux époux ne sont manifestement pas en harmonie pour les règles de travail dans leur société.  Lui, il a pas mal d’années (un peu plus que moi !), et il a besoin d’aide rapidement. Quant à elle, peut-être préfèrerait-elle ne pas avoir à embaucher, et à économiser ainsi une paye de 2 mois ? 

            Qu’importe, monsieur de La Fontaine m’emmène vers le dépôt pour m’expliquer comment il pratique l’art de son boulot. Trois quarts d’heure plus tard, retour à la table des négociations. Ils sont d’accord pour mon embauche. J’explique à madame, qui s’occupe de l’administratif, qu’étant à Pôle Emploi, il me faudra une copie de mon contrat signé afin de stopper les versements mensuels des Assedic. « No problème » me répond-elle, « Vous l’aurez dès que la comptable l’aura fait ».

            Je profite du moment pour leur demander si plus tard ils auraient besoin de quelqu’un. « Oui ! », me dit-elle. Ils ont des hectares de vignes tenus par leur fils. « Un mois de plus en septembre, pour les vendanges, c’est possible. Votre pilotage d’un tracteur qui livre le raisin en cave serait le bienvenu » ! 

            On tombe d’accord pour un contrat de trois mois. Mais il me reste encore à tenter de négocier les modalités de mon logement ! Je leur explique qu’en tant que célibataire sans attache, je loue des appartements meublés, d’où je peux partir après un préavis d’un mois. Si j’avais une caravane pour rester la semaine, ça m’éviterait 3 mois de loyer, et ce ne serait que plus bénéfique pour eux : les vacanciers arrivent souvent tôt et ils sont ravis quand ils trouvent leur caravane, fin prête à leur arrivée. Quant à leur départ, compte tenu des heures incertaines de leur mise en route, c’est souvent à la tombée de la nuit que les camionneurs ramènent les caravanes au dépôt. Et cette heure tardive de boulot se traduit par des tarifs majorés. Cette solution d’une caravane où je logerais, ce serait une solution « double gagnant » !

            À ma grande surprise ils me proposent un vieux mobile home appartenant à leur fils ! Mais il est en piteux état et n’a pas de plaque de cuisson. Je demande juste si une plaque deux feux pourrait être mise en place et que je ferai un petit ménage au moment d’arriver. « Pas besoin pour le ménage, ce sera fait », me dit-elle, Et on tombe donc d’accord. Il ne restera plus qu’à signer ce contrat que leur comptable va préparer. Rendez-vous est pris pour le vendredi 21 juin pour signer ce contrat et passer la journée avec le mari, mon futur boss, pour une reconnaissance des lieux à livrer. Satisfait de l’entretien, je m’esquive après les avoir salués. Lors de ces deux heures et demie d’embauche, aucun autre candidat ne s’est présenté. Mais même s’il devait y en avoir d’autres, elle m’a donné sa parole : « Pour votre embauche, c’est OK ! ».

            Je rentre donc chez moi, content des 3 mois qui se profilent. Sur la route, je m’arrête à la Halle aux fringues pour acheter deux shorts bermuda - avec des poches, ce qui est bien pratique dans ce genre de boulot -, et une paire de chaussures de marche assez solides, comme celles de mon futur patron.

            Je vis depuis six ans dans des appartements meublés faciles à quitter. C’est surtout une formule de liberté car zéro meuble égal zéro contrainte matérielle et zéro empêchement de déménager. Le mobil home en tête, je me lance dans l’écriture de la résiliation de mon bail au 25 juillet. Après tout, si je gagne deux mois de loyer en plus de mes salaires, se sera toujours ça de pris. Tout est prêt à être expédié le lendemain. Satisfait de ma journée, je peux me détendre… Mais quelques heures plus tard, je m’aperçois qu’un message vocal clignote sur mon portable. J’écoute… C’était trop beau pour être vrai… mon job d’été n’est plus…       Déçu, forcément je l’étais. Je ne rappelle pas cette dame puisque son message est clair : elle a trouvé quelqu’un d’autre plus près - donc rien à y redire !

            Mais quelle ne fut pas ma stupéfaction quand, cette après-midi du 21 juin, en parcourant la presse, je retrouve la même offre d’emploi, cette fois beaucoup plus étoffée. Se serait-elle foutue de ma poire en me prenant pour une cruche cette dame de La Fontaine ? D’après ses dires, le poste était pris.

Mais qu’a-t-il pu se passer pour que ma candidature, après avoir été clairement approuvée, a été tout aussi clairement rejetée ? Du coup, je me perds en conjonctures. Et une piste s’impose à moi : puisque je leur ai fourni mes dernières fiches de paye, auraient-ils appelé mon ancien patron ? Si oui, qu’a-t-il pu leur dire ? Je sais ! Il est plus que probable qu’il ne leur a pas conseillé de m’embaucher puisque, bien que j’aie été pour lui un excellent employé, il n’a pas apprécié que je ne me laisse pas manipuler !

Oui le refus de m’embaucher résulte probablement d’une conversation de Madame De la Fontaine ou de sa comptable, avec mon ancien employeur. Si c’est vraiment ça, je vais me battre encore une fois pour faire valoir mes droits.

Profitant du passage chez moi d’un pote assez féru en législation du travail, je le bombarde de questions :

▪ Cette dame qui m’a fait miroiter que j’étais le personnel idéal, et qui oralement ma certifié mon embauche, a-t-elle le droit de m’évincer par des propos mensongers et de remettre un peu plus tard la même offre d’emploi, en modifiant l’annonce ?

▪ La comptable de la société, a-t-elle le droit de s’informer sur mes antécédents, et le patronat a-t-il le droit de l’en informer ?

▪ Etant en rupture conventionnelle n’y a-t-il pas une clause de confidentialité ?  

▪ Suis-je en droit de poursuivre cette dame et lui demander des dommages et intérêt ?

Que n’avais-je point dit !

 « Tu ne peux rien faire c’est comme ça maintenant ! »

Fin de citation.

Quelle Scoumoune ! Ah les galères que j’ai eu à traverser ne manquent pas !

 

Le sésame du permis de conduire Poids lourds

… et la galère quand on a 60 ans !

Ah, ce permis de conduire poids lourds, quand on atteint 60 ans !

C’est en tant que chauffeur poids lourds que j’ai été embauché dans la plupart de mes jobs, A partir de 2004, j’ai été agent de sécurité au dépôt de la ville St Coin de la Livraison, pour la société Ornifleur.

Puis, dans une autre entreprise, je suis devenu livreur de nuit avec un 38 tonnes.

Et enfin une troisième boîte m’a embauché comme chauffeur d’autocar pour emmener des enfants à l’école, puis les ramener chez eux.

Quoi qu’il en soit, dans tous les cas, pour la totalité des jobs ci-dessus évoqués, avoir le droit de conduire un poids lourd se traduit bien-sûr par un permis de conduire en bonne et due forme. Or, le fait d’être devenu sexagénaire n’apporte pas toujours sa moisson d’avantages, en particulier quand on passe une partie de sa vie à conduire dans un 38 tonnes ou dans un bus. Pour les conducteurs, la visite médicale passe brutalement de cinq ans à un an, et entraine obligatoirement un changement de son permis de conduire. Vous allez me dire où est le problème ? Hé bien j’y arrive !

            Pour changer ou refaire son permis de conduire il faut passer par un site internet bien connu de tous les chauffeurs poids-lourd, et rassembler tout un dossier de papiers indispensables au bon déroulement informatique et administratif. Si un seul papier manque ou n’est pas conforme, c’est le blocage immédiat. Comme je suis un mec plutôt strict dans l’agencement de ma paperasse je ne m’inquiète pas plus que cela, mais …

            Mais … le gars célibataire que je suis à omis une des choses les plus importantes : j’habite dans des appartements meublés. En effet.

            Mais – encore un mais… le fait de résider dans des meublés ne me permet plus d’avoir une facture de gaz ou d’électricité pour justifier de son domicile. Pour l’administration, me voilà donc S.D.F. car une quittance de loyer de mon propriétaire ne leur convient pas… en tout cas elle n’est pas acceptée par leur logiciel internet ! Agrrr…

Il a donc fallu que je m’inscrive … comme véritable S.D.F – Sans Domicile Fixe ! au Centre d’Action Sociale du village où je vis, et que la secrétaire me fasse le document approprié pour ma demande de permis. Le doc une fois scanné et rentré dans la procédure, la machine est repartie sans problème. Je vais finir par l’obtenir, mon nouveau permis de conduire actualiser. Il est indispensable pour que je puisse bosser. Si je ne l’ai pas, je n’bosse pas, si je n’bosse pas, j’ai des indemnités de chômage et je coûte du fric à l’état. Les organismes d’état comme celui qui gère les permis de conduire savent certainement ça ! Mais ça bloquait…

Ah, les méandres de l’administration sur Internet ! Je me suis demandé si l’absurde n’était pas roi, ou si on ne s’était pas foutu de ma gueule !

            Puis j’ai reçu un mail de la part du site des permis de conduire … qui me demandait à quelle adresse ils devaient m’expédier mon précieux sésame. Ah, les méandres de l’administration ! J’ai bien-sûr donné l’adresse de mon meublé. Hé bien cinq jours plus tard, rien de rien ! Je contacte donc le Centre d’Action Sociale :

  • « Bonjour madame, auriez-vous reçu dernièrement un recommandé au nom de … »

La réponse est négative. Non, ils n’ont rien reçu me concernant. Le lendemain, toujours aussi perplexe, je coince la factrice (au sens figuré bien sûr) au bord de la nationale qui passe devant chez moi. La belle, surprise, sort de son véhicule et nous engageons une conversation de sourds et muets. Elle finit par sortir son téléphone et appelle le centre de tri postal en donnant les numéros du suivi internet de mon permis. Alléluia, il est arrivé ! La très efficace et serviable factrice joint alors les bureaux de poste du village qui lui confirment que le recommandé est bien dans la boîte postale du Centre d’Action Sociale, mais que personne n’est passé relever le courrier… « Mais vous pouvez le récupérer vous-même, il vous faut juste une carte d’identité ». Un grand merci, la factrice, pour ces vingt minutes fructueuses passées en votre présence. Au final, mon permis de conduire finira dans ma poche, mais le parcours labyrinthique pour y arriver m’a épuisé ! 

Quelle Scoumoune quand même,

… Scoumoune avec un grand S !

            La prochaine fois, je tenterai de ne pas passer entre les mailles de leurs filets, et de moins galérer pour le renouvellement de ce permis sésame !

            Ah, vous dire quand même qu’avec la boîte d’autocars qui m’avait embauché, ça avait merdé. Suite à un appel d’offres, ils avaient perdu le marché. La boîte avait été rachetée par la société qui avait remporté le marché, mais heureusement, tous les salariés, dont bibi, on restait dans les effectifs car il n’était pas question de licenciement. Mais mon nouveau patron avait refusé de me payer le même salaire que le précèdent alors même que j’étais en avenant de contrat ! J’ai donc demandé, ardemment négocié - et obtenu malgré leur réticence - une rupture conventionnelle de contrat, c’est-à-dire que grâce à ça, j’ai bénéficié des allocations chômage qui ont l’avantage de nous maintenir en sécurité financière, le temps qu’on trouve un nouveau boulot.  Tout est bien qui finit bien… Enfin, je dis « finit » mais ça ne finit pas vraiment avec le chômage, car tout recommence jusqu’à l’obtention d’un nouveau boulot.

           

            Dans ma vie, comme je viens d’en témoigner, j’ai essuyé des échecs. Mais j’ai aussi fêté des réussites ! Et c’est en projetant positivement que j’ai pu franchir des montagnes ! Des montagnes ? Euh, un petit peu moins haut peut-être ? Allez, des collines, c’est pas mal non plus !

Un bel intervalle : mes formidables morceaux de vécu

Allez, histoire de me détendre avec vous, je vais vous évoquer des morceaux très harmonieux de ma vie... Ces années sont à classer parmi les plus belles.

1 – Ma joie de vivre dans le sud, au chant des cigales. Ah, les senteurs des pins de Provence, celles de la mer Méditerranée !

2 – L’Ecole de sous-officiers qui a forgé l’homme que je suis devenu. J’y ai côtoyé ce qu’il y avait de meilleur, et de ce meilleur, j’en ai tiré les enseignements qui encore aujourd’hui, à 60 ans, me servent dans ma vie de tous les jours. Que demander de plus ?

3 – Les joies de la paternité

Quand j’étais jeune divorcé, vivant seul dans un nouvel appartement, mes jeunes enfants déboulaient aux congés scolaires. Ce fut mon programme des réjouissances pour de longues années. Pour bien accueillir mes deux filles, il fallait que j’assure, que je fasse preuve d’assurance (pas de « Est-ce que je fais assez bien ?) et que je vive ma paternité en leur apportant la tendresse et l’autorité dont elles ont besoin, Pour le côté paternel je ne m’inquiétais pas, mais pas du tout du tout. Il me semble avoir été en parfaite harmonie tout le long de ce grand parcours qui alternait ma vie en solitaire, et de formidables vacances à trois … puis à quatre ou cinq ou 6 ! Je ne parle pas là de conception d’enfants mais de mes rencontres de femmes divorcées elles aussi, avec enfant(s), et avec lesquelles, un peu moins seul, je partageais un bout de voyage.

* * * * * * * * * * *

Le fleuve de la vie !

 

 

             

Quand le fleuve de la vie est tranquille et qu’il n’y a pas de tempête, le temps passe très vite. Les années ont défilé, agrémentées de bons plats que je cuisinais pour réjouir celles et ceux que j’aimais – et je ne pensais pas encore en faire mon métier ! Oui, les années bonheur ont défilé …  Avec les points de rupture qu’implique une carrière militaire : les mutations ! Là, je vais donc changer de région, quitter le sud méditerranéen, et rejoindre l’est de la France d’où je suis originaire. Ce sera d’ailleurs ma dernière affectation militaire !  Pendant ces quelques années, je vais troquer les senteurs subtiles des pins et de la grande bleue pour celles des sapins de l’est de la France.

Le prix de l’appartement que je louais à une vieille dame maintenant disparue était ridicule. J’ai alors décidé de le garder, histoire de m’aménager de temps à autre des escapades provençales ! L’âge de ma retraite n’est pas si éloigné que cela et j’aimerais pouvoir plus tard continuer à bénéficier de ce bon soleil générateur de vitamine D et de bien-être.

L’est ne m’est donc pas inconnu puisque je suis natif de Remiremont Toutefois, ce n’est pas avec entrain que j’y étais retourné car je me plais grandement dans le sud. Le travail qui m’est attribué est une grande inconnue pour moi. Mais qu’importe, j’aime les tâches nouvelles, elles permettent toujours de s’enrichir intellectuellement. Cette fois j’intègre la direction du magasin d’habillement régimentaire. C’est un domaine que je ne connais pas, mais tout s’apprend !

Ma vraie belle carrière militaire n’a pas manqué de me fournir des occasions multiples d’étendre mes compétences, d’apprendre sans cesse, de m’adapter au mieux pour répondre aux objectifs assignés. Une de mes dernières missions militaires s’est déroulée en Afrique ! Ah, l’intense Afrique noire, ses effluves pimentés, sa chaleur torride chargée d’une moite humidité entre-espacée de pluies torrentielles et de sècheresse, sévères pour la faune comme pour la flore. Ces trois mois en opération extérieure me donneront l’envie d’écrire et par la même occasion génèreront un livre, dont le lieu d’action se situe dans le pays même où j’étais en mission : La Côté d’Ivoire. Son titre officiel est « Défense d’ivoire du mâle » s’inscrivant ainsi dans l’interdiction de massacrer des éléphants pour vendre leur ivoire. Ce même titre a un double sens qui ne vous a probablement pas échappé :« Défense d’y voir du mal » … Perso, je préfère vraiment défendre les animaux. Mais pour connaître le vrai sens de ce titre, il faut le lire…

Toujours est-il que cette mission en Afrique, clôturera ma carrière militaire.

* * * * * * * * * * *

Début de petits boulots par ci,

Et grandes galères par-là !

            C’est en agent de sécurité que prendra forme le début de ma reconversion. C’est une société des Bouches du Rhône qui m’a embauché.  Mon acclimatation dans ce beau sud qui chante le soleil, sera rapide.

            Dans ce beau sud qui chante le soleil, il faut quand même que je vous précise que j’occupais … un poste de nuit ! Hé oui, la sécurité – comme les voleurs - s’active beaucoup la nuit ! Dans cette boîte, je travaillais 14 jours par mois, pour 12 heures d’affilée. Croyez-moi, même si je vivais un peu en décalé par rapport à la majorité des gens diurnes qui bossent le jour, je n’ai pas regretté d’avoir rejoint la vie civile car mon salaire retrouvait le point culminant de dix ans auparavant.  Eureka, j’ai pris la bonne décision au bon moment, une fois n’est pas coutume.

            Mais le bonheur est de courte durée… Je commencerai ma première bévue relative au monde civil car je n’ai pas encore appris les règles de base d’un ouvrier. Un beau jour, alors que je forme à la sécurité un jeune qui vient d’avoir sa majorité, un des futurs patrons du site, actuellement deuxième adjoint, ne trouve rien d’autre à faire que de nous lancer au visage :

  • « Vous, tous les mecs en noir, vous êtes des voleurs ! »

Ça alors ! Quelle insulte ! Le jeune apprenti est désemparé. Quant à moi, j’avoue que je suis resté comme un con à me demander si c’était bien à nous qu’il s’adressait cet encravaté ! Mais oui, pas de doute puisque le petit jeune et moi, nous sommes les seuls agents de sécurité dans ce site, les seuls dans le poste de garde et les seuls à être habillés en noir (sécurité oblige). Ma sidération ne m’a pas empêché, quand même, de solliciter mes neurones nocturnes aussi efficaces que mes neurones diurnes ! Je sais… Cette réflexion de merde vient du fait que quelques mois auparavant, deux salariés agents de sécurité, de surcroît voleurs de haute volée, se sont fait arrêter par la gendarmerie. À leur actif : en une année, ils ont réussi à subtiliser, dans de grosses poubelles à roulettes et en déplaçant les caméras (un jeu d’enfant quand on fait ce métier), des centaines de kilos de marchandise - qu’ils revendaient, bien-sûr. Ce vol en question avait eu lieu il y a plus de six mois.

            Je n’ai rien répondu à l’encravaté suffisamment stupide pour insulter ses propres salariés contre lesquels rien de rien ne pouvait être reproché. Dignes, mon petit collègue et moi, nous nous sommes dirigés chacun dans notre poste de surveillance. Pendant mes 9 longues heures de garde, j’ai mijoté la concrétisation efficace de mon indignation. Tout en surveillant dans le noir environnant si tout était ok, mes doigts saisirent les deux ustensiles indispensables pour signer ma révolte vis-à-vis de cet encravaté haut placé mais qui a une hiérarchie avec un N + 1 : une feuille et un stylo. J’ai donc rédigé mon désarroi en demandant comment un grand dirigeant envers de petits agents chargés de la sécurité de son entreprise peut-il provoquer et insulter comme ça ? Le courrier fût envoyé le lendemain au directeur d’établissement. J’avais encore vraiment la rage.

Et là, de nouveau, bonjour le chiffre 12 ! C’est dingue comme ce chiffre 12 s’est imposé à moi ! Vous vous en souvenez : nous étions (enfin, ils étaient…) 12 candidats admis à la formation d’apprenti cuisinier. Et là aussi, nous étions 12 agents de sécurité, dont 10 militaires à la retraite et 2 civils. Ce sont ces deux-là qu’il y a six mois, la gendarmerie était venue chercher !

Ah, le chiffre 12 ! En numérologie, (site internet numérologie.com), voilà ce qu’il signifie :

« Le chiffre 12 exprime une certaine fragilité sur le plan moral ou physique, des moments difficiles (épreuves, sacrifices, ruptures, contraintes, etc..). L’évolution peut être réussie si ces épreuves difficiles sont surmontées ».  

Bon, soyons pragmatiques, surmontons, et revenons à mon courrier ! En voici les termes :

Destinataire : Monsieur le Grand chef des encravatés,

Directeur des établissements YAPURIEN

Objet : Propos diffamatoires dont le jeune apprenti et moi-même avons été victimes, et ma demande de réparation.

Sous-titre :

Comparatif, à la limite du diffamatoire, entre deux agents de sécurité actuellement en poste (dont moi) et les voleurs messieurs LAPINCE et VOLETTE qui ont été arrêtés il y a 6 mois par la gendarmerie

« Monsieur le directeur,

            Comme vous le savez, et comme en témoignent les relevés des gardes de sécurité, j’ai travaillé en tant qu’agent de sécurité, la nuit du 8 mai, en prenant soin de former le jeune apprenti.  Arrivée de monsieur JESAITOUT au poste de garde le 08 mai à 23 heures, demandant l’identité des propriétaires des véhicules stationnés sur le côté du poste de garde.

Immédiatement je l’informe qu’étant sur la base depuis le 07 mars 2044 je n’ai jamais eu de consignes particulières à ce sujet. Tout en sachant que la priorité en revient aux véhicules de location, j’estime ne pas enfreindre le règlement en y garant le mien, puisque ces mêmes véhicules disparaissent avant mon arrivée, à 19 heures.

Seulement, monsieur JESAITOUT ne l’entend pas de cette façon. Il veut que nos véhicules soient visibles à la caméra rotative, et nous compare sans équivoque à monsieur LAPINCE et VOLETTE : « Vous, tous les mecs en noir, vous êtes des voleurs ! »

            Je comprends son inquiétude, mais la « pilule » passe très difficilement. D’une part, ayant travaillé avec monsieur Lapince et Volette lors de mon arrivée en formation, je ne les ai jamais vus garer leurs véhicules à proximité du poste de garde. D’autre part cette insistance à nous mettre dans le même « sac » si je puis me permettre, m’irrite sérieusement. Je trouve pour le moins dégradantes les remarques appuyées de votre collaborateur.

            L’intéressé s’est empressé ensuite de nous demander la clef de « son » bureau, en désignant la clef n° 44, la vôtre. Puis immédiatement de retour (je m‘en doutais), s’apercevant de son « erreur » préméditée, il nous demande sa propre clef. Je présume qu’il a, par son attitude déplacée, voulu nous afficher son futur rang dans l’entreprise, puisqu’il va vous succéder.

                        Ce n’est que quelques instants plus tard, après mûre réflexion, que je décide d’aller rejoindre monsieur JESAITOUT, muni de la main courante du poste, afin de lui faire constater les faits suivants :

  • Le 04 mai, veille de l’ascension, j’ai déchargé le contenu d’une semi-remorque complète (retour de marchandise). De ma propre initiative.
  • Le 07 mai veille de jour férié, j’ai de nouveau vidé une autre remorque au tri, cette fois au quart pleine, aidé du laveur de votre entreprise encore présent sur les lieux, ce dernier s’étant proposé de me prêter « main forte ».

            Cette double remarque n’avait qu’une seule finalité : faire comprendre à ce futur chef d’entreprise qu’avant ses propos dérangeants, je m’étais plutôt investi à lui faire gagner de l’argent et j’avais fait preuve d’initiatives en remettant rapidement sa marchandise de retour de magasin au « frais », sans faire constamment appel, à des heures tardives, aux cadres de permanence. Nous étions à la veille de fêtes. Or, comme vous le savez, le travail des agents de sécurité de nuit reste plutôt rare, à l’exception des rondes et des contrôles de remorques. Bien évidemment à l’avenir, je m’abstiendrai de prendre toute initiative favorable à l’entreprise, et que je ne sortirai plus du cadre de mes fonctions initiales, telles que définies ».

Puis je me suis fendu d’une formule correcte de salutations distinguées … blablaba.

 

Résultat : Scoumoune encore…

            La sentence ne mit pas dix ans avant d’arriver ! Les jours et les nuits passaient et je sentais le nœud se resserrer petit à petit… ce n’était pas ma cravate qui me gênait, mais le manque d’appui de mon supérieur de l’époque sur le site. Une semaine plus tard, j’étais convoqué à St Pierre la Fourgue, au siège de la société, avec en cadeau, pour le remerciement du travail effectué en plus de mon service, une jolie mutation à la sécurité de la grande bibliothèque de S’Pierre la Fourgue. Ho, bonne mère ! (avé l’accent d’Ugolin).

            Cette mutation était inacceptable puisque le lieu du boulot « offert » était à plus de cent kilomètres de mon domicile ! J’ai donc reçu, en toute légalité, trois courriers réglementaires, et j’ai bien-sûr trois fois refusé cette mutation. Au final : bonjour, monsieur Pôle Emploi !

À cette époque je ne savais pas que le fait d’avoir travaillé deux ans et demi, m’ouvrait des droits au versement d’allocations chômage pendant deux ans. Eh bien, je l’ai appris !  J’ai consciencieusement pointé tous les mois, et j’ai sorti mon maillot de bain pour la saison balnéaire !

            Oui mais, c’étaient des vacances forcées ! Et j’étais payé… J’ai donc raccroché le maillot de bain pour reprendre le volant d’une semi-remorque.

Me voilà livreur de nuit … au profit de la même maison qui m’avait évincé deux ans plus tôt ! Dingue, non ? Ding dingue dong, sonnent les cloches des entreprises de sécurité.

Cette fois j’appartenais à une boîte aux environs de St Pierre-les-clefs-du-paradis. Trois années de dur labeur s’ensuivirent, avec 6 nuits par semaine / 12 heures par jour et onze mois de boulot dans l’année. Le premier mois, croyez-moi, j’étais sur les rotules ! Mais les mois suivants furent pour moi un régal. J’adore piloter ces gros bahuts. En plus, côté fric, c’était les belles années Sarkozy, avec la défiscalisation des heures supplémentaires ! On pouvait donc cumuler ces heures payées au-dessus du Smic, sans que le patronat s’y oppose. Je tournais à ces temps-là à une moyenne de 232 heures de travail par mois. Ce fut mon apogée financière ! Bon, c’est vrai que, comme le dit un dicton qu’on a tous un peu inventé :

« Quand on a le temps, on n’a pas l’argent,

Et quand on a l’argent, on n’a pas le temps ! »

Et puis, même si le fric, on l’a, il ne reste pas longtemps dans la poche :

  • Papa, c’est quoi la déclaration d’impôts ?
  • C’est l’inverse du bulletin scolaire mon fils. Quand tu as bien travaillé, tu es puni…

Mais comme les meilleures choses ont une fin, il a bien fallu qu’un jour, je renonce au paradis ! Saint Pierre, excusez-moi, il me reste du temps à accomplir sur cette belle Terre, même si parfois je galère.

Comme de bien entendu, vint le jour des appels d’offres adressés aux sociétés de transport. Ma société ayant misé (sous enveloppe) au-dessus des autres, d’office, elle perdit ses contrats. De nouveau, je reçus 3 courriers pour une proposition de mutation aux environs de St Pilate la Fourgue… (c’est où, ça ?). De nouveau, je leur envoyai en recommandé mes 3 réponses NON, dûment argumentées. Et de nouveau, bonjour monsieur Pôle Emploi ! Ah, ce coup-là, je n’ai pas tergiversé car j’avais bien appris ma leçon !   

Scoumoune…. Scoumoune ! ! !

            De nouveau je ressortis mon maillot de bain … pour une durée accordée de deux ans, en cherchant quand même çà et là de possibles embauches sympathiques, même si ça fatigue grave de toujours se mobiliser pour convaincre de se faire embaucher. Je disposais, comme vous le savez, du permis poids lourd et super lourd. Je ne pensais donc pas qu’un jour, je conduirai… des bus scolaires !  Mais c’est bien cela qui m’attendait, un beau jour d’avril. L’été allait arriver… dommage pour mon petit bronzage sur les plages !

            Je suis donc embauché pour récupérer des scolaires les matins, en plusieurs endroits de notre belle campagne, et les déposer « en ville », devant l’école. Et les mêmes scolaires en retour, à récupérer le soir. Avec les gamins, c’est plutôt tranquille. Mais les contrats sont de 80 heures par mois rémunérées 14 euros bruts de l’heure. Après tout pourquoi pas ? Ma tournée s’effectue dans un rayon de 50 kilomètres autour de la ville. C’est une petite desserte sympathique, avec peu d’enfants.

            Et c’est parti pour deux ans, du lundi matin au vendredi soir, et les mercredis jusqu’à midi ! Ça m’allait tout-à-fait, ce boulot qui conjuguait horaires cool, rémunération correcte et, cerise sur le gâteau, des petits passagers et passagères bien contents chaque matin de me retrouver. Oui mais… les appels d’offres ressurgissent inexorablement… Chers appels d’offres, offrez-moi du répit, ainsi soit-il ! Cette fois, c’est le département - ou la région -qui orchestre les valses de personnels et de tournées scolaires. Ma boîte est dans le lot des « appelés » ! Mais pour la première fois je vais apprécier le terme « avenant de contrat » car cette fois-là, cet avenant va m’être favorable, et même très favorable.

            Je change donc d’employeur, et ma société est géographiquement basée à 60 km du point de départ de mon circuit départ. Mais je garde la même tournée, les mêmes gamins, et, nec plus ultra, je ne me retrouve donc pas avec l’obligation de déménager. Ce coup-ci, j’ai un bus de 45 places à garer quelque part, dans la ville si possible, et bien-sûr, sans nuire à la circulation. Après quelques recherches - et une demande écrite en mairie à laquelle je n’aurai jamais de réponse ! - je décide de m’installer sur le parking d’un musée. Il y eut quelques frottements au début, mais avec le temps tout s’estompa, à l’exception de quelques jeunes désœuvrés qui un jour m’ont tagué le bus, mais rien d’insurmontable. Un gros « vivre en liberté » sur le pare-brise, inscris heureusement avec une peinture facilement nettoyable !

            Les trois premiers mois, j’ai continué sur la base de mon contrat de 80 heures de l’ancienne société. A ces 80 heures par mois, sont venues se greffer des heures supplémentaires.  En effet, quand votre base se situe à soixante kilomètres et qu’il faut absolument faire le plein sur base, laver le bus sur la base - sans compter les allers et retours additionnels, pour des raisons X ou Y -, les heures supplémentaires s’envolent vitesse grand V. Et c’est là qu’un jour, on vous propose vite un avenant d’avenant de contrat afin de limiter l’abondance de ces heures qui moi me plaisent bien !

            C’est donc sur un nouveau contrat de 100 heures par mois, toujours au taux de 14 euros bruts, que je paraphe. Quand je pense que l’ancienne société voulait que je résilie le contrat de base ! J’ai toujours refusé de résilier mon contrat puisque ce n’était pas moi qui partais mais quelqu’un qui m’imposait d’aller chez lui. La pugnacité a fini par payer puisque cinq ans plus tard, je touchais pratiquement le double qu’au départ pour seulement vingt heures de plus et un taux horaire qui pointait à 14,67 euros bruts de l’heure. Que demande le peuple ?  Tout compte fait, pas grand-chose, à l’exception bien-sûr de pouvoir travailler et d’avoir une vie dans la limite du raisonnable, avec un minimum agréable, et sans scoumoune !

Sans scoumoune ? Et vlan, passe-moi l’éponge : Re appel d’offre ! Ça devient impossible ! Et j’apprends que de nouveau mon premier patron a réussi à reprendre à l’actuel ma propre tournée. Hé !  Lâchez-moi les baskets !

            Je reprends donc contact avec mon ancien-nouveau patron (vous me suivez ?), qui me fixe un rendez-vous. Je m’y rends, armé de mes connaissances, de mon contrat signé en bon et due forme et je demande à être de nouveau en avenant-d’avenant-d’avenant de contrat, de bien-sûr garder ma base de 100 heures et mon taux horaire. Hélas, je m’aperçus que je rêvais tout éveiller ! Une démonstration de force du comptable me « prouva » que mon contrat était non conforme et caduc, que mes fiches de salaire étaient non reconductibles à l’identique, et qu’en aucun cas ils ne pouvaient m’offrir un tel salaire pour une si petite tournée.

             J’ai donc bien-sûr refusé ces modifications très conséquentes, puis j’ai demandé une rupture conventionnelle de mon contrat. Ils savaient très bien qu’en cas de refus de leur part, on allait s’enliser dans les Prud’hommes. Ils ont donc accepté, et tant mieux car bien-sûr, j’aurais gagné le procès mais je n’aurais touché le jackpot que fort longtemps plus tard. J’ai donc gagné un mois supplémentaire, rémunéré sans travailler car les clauses imposent un mois de réflexion lors d’un licenciement en rupture conventionnelle.

Et voilà comment on se retrouve de nouveau au point de départ, à attendre les marées pour sortir de nouveau le maillot de bain - et bonjour, monsieur Pôle Emploi !

La tarte alsacienne de

ma copine cigale et septuagénaire

Ah, tiens, Claudine stridule sur mon mobile… Une invitation !

  •  Ok j’arrive

            Ce sera toujours l’occasion de passer du bon temps, même si je connais d’avance les moindres détails de son monologue. Je sais qu’elle regarde tous les jours les douze coups de midi (encore le chiffre 12 !), avec Jean-Luc Reichmann et le jeune Paul. J’avoue que souvent je suis comme elle et des millions d’autres téléspectateurs, à m’épater de la rapidité et de l’assurance avec laquelle certains candidats, dont le Paul, répondent à des questions pas toujours simples.

Ma vieille copine Claudine se met à préparer une Flammekueche alsacienne « à ma façon », me dit-elle. Entre vous et moi, sa tarte salée alsacienne ressemblera plus à une pizza des Ardennes - d’où elle vient d’ailleurs - qu’à une Flammekueche ! «  », me stride-t-elle, « Pour le plat principal, j’ai une nouvelle recette d’enfer, et il faut absolument que tu suives la préparation » (soi-disant rapide).

            Je suis donc impatient de voir ça. Son entrée sera loin d’être désagréable, je l’avoue, et mon appétit s’approchait sensiblement de celui d’un sanglier (des Ardennes, lui aussi !). Quant à la suite, je vous laisse découvrir : Bocuse en tomberait sur ses fesses !

« Voilà, j’y suis ! » me dit-elle, « Regarde, regarde ! » Je concentre donc mon attention sur cette recette a priori « d’enfer ». Elle prend une casserole, la pose sur un feu vif de sa gazinière. Elle verse une barquette (entière !) de lardons fumés et une cuillère d’huile de coco. Et qu’elle remue ça énergiquement. Sur le lit de lardons, elle rajoute deux verres de coquillettes…. Là, je m’interroge… Les pâtes, ça cuit dans de la flotte, sinon autant les manger crues… Puis Miss Stridule ajoutera un demi-verre de vin blanc sec, un demi-verre d’eau (pas plus ???), ainsi que quelques coups de moulin de son mélange 5 baies, assemblage de poivres & d’épices. Pour terminer, hip, 10 centilitres de crème fraîche semi épaisse à 12%, de matières grasses. Elle te mélange sa préparation deux minutes, elle recouvre la casserole « pour seulement cinq minutes de cuisson », et me dit :

  • « Tu m’en donneras des nouvelles, de mes carbonaras ! »

Aie aie aie ! Ça va donner quoi, ces pâtes avec 5 minutes de cuisson dans si peu de flotte ? Sacré Claudine ! Je ne sais pas comment je serai quand une quinzaine d’hivers seront venus couvrir mes 60 ans, mais tout ce que je peux vous dire, c’est que mon estomac aura un peu de mal à digérer facilement ces pâtes qui s’avèreront vraiment trop, trop, et vraiment trop « al dente » !

En revanche, elle détient toujours une paire de vieilles bouteilles de vin que je dégusterai avec plaisir !

            Après « une bonne tarte aux pommes maison » … du boulanger d’à côté, le PAF peut commencer ! Le PAF ? Oui, le paysage audiovisuel français de la télé, qui inlassablement nous a accompagnés tout au long de ce début d’après-midi. Le monologue qu’on a commencé à l’apéro continuera avec les invités d’une émission télé. C’est comme si vous étiez à table à un banquet de mariage avec deux invités seulement mais qu’en plus vous avez le brouhaha d’une centaine de personnes, et la musique en cadeau ! Qu’importe, j’ai passé une bonne journée, et ma présence ravit ma copine ex sous-officier de l’armée française. Que demander de plus ? Ah, en plus, j’ai une nouvelle recette, que je ne mettrai pas « au panier » car lors d’un achat en ligne sur internet, le « panier », c’est quelque chose qu’on achète. Non, là, ce sera plutôt corbeille !

Merci, chère cigale bientôt octogénaire. Ta cymbalisation (chant des cigales mâles, destiné à attirer les femelles) continue toujours de me faire marrer !  

1 – 2 – 3 bouquins !

            Comme vous avez pu le constater, dans mon parcours professionnel, je me suis souvent retrouvé confronté au chiffre 12 ! Non, je n’ai pas accompli les douze travaux d’Hercule, mais j’ai affronté avec succès les scoumounes qui se sont présentés.

Allez, je vais vous parler de quelques-uns de mes 12 travaux à moi : ceux de la rédaction, mise en page, réalisation de plusieurs bouquins autobiographiques.

J’ai commencé à prendre goût aux jeux d’écritures en 1996, après mon divorce. Bizarrement, c’est par les chiffres que je suis arrivé à l’écriture de mon premier bouquin ! A l’époque, les nombres me passionnaient… surtout ceux qui commencent par 1 et qui terminent par 49. … Je parle bien évidemment du loto !  Je me suis donc lancé dans la réalisation d’un ouvrage dédié aux statistiques du loto ancienne version. Bon, d’accord, le côté scientifique des statistiques ne permet pas de trouver la formule gagnante des chiffres qui vont sortir au prochain loto ! Ça se saurait !  J’ai calculé, statistiqué, joué, et je n’ai pas toujours gagné… (lire stop aux clope.com) mais je m’attribue le mérite d’avoir tenté d’essayer ! 

            Ah, au passage, il faut que je remercie les inventeurs des outils de mon écriture. Word, Excel et PowerPoint m’ont permis de mettre « sur le papier » ce que j’avais dans la tête, et que je souhaitais partager. Lors de mon apprentissage laborieux, avec des cours informatiques, j’ai ainsi rajouté une nouvelle marotte aux quelques autres « addictions » présentes dans ma vie. Ah, le traitement de texte Word, sa magie d’une parfaite lisibilité des mots reliés en phrases (au secours la lecture laborieuse de mes manuscrits), et ses magiques corrections automatiques ! Ah, le performant logiciel Excel, qui vous trouve en un quart de seconde le résultat de calculs à X chiffres !  Et enfin, merci aussi à PowerPoint, avec ses présentations impeccables, ses mises en pages sympathiques avec assemblage de textes et d’images. Donc oui, merci les gars – ou les nanas – qui ont inventé tout ça.

… stop aux clopes.com !

Comme je l’ai déjà évoqué, mon passage en Afrique avait généré un livre autobiographique à peu près correct. Un peu plus tard, je me suis dit : mon gars, c’est quand le fer est chaud qu’il faut le battre ! Continue, écris, publie ! Et même si mon imagination devait être limitée, la réalité, elle, n’est pas limitée. Et c’est une énième envie … d’arrêter de fumer qui m’a conduit à écrire un nouveau livre, le bien-nommé : « stop aux clopes.com ».

Alors pourquoi POINT COM ??? Tout simplement parce que je me suis dit que c’est en créant mon propre site internet que j’arriverais à le vendre, ce bouquin qui va être très utile à celles et ceux qui veulent arrêter de fumer.

 Riche de mon « petit dernier » littéraire sur les cigarettes, je me suis lancé sur la voie des auto-entrepreneurs car si je vends, il me faut un statut qui me le permet. Ah, rien n’a vraiment été facile au départ. Cette nouvelle façon de travailler pour gagner ma vie m’était inconnue. Et ça implique des coûts financiers. Hé oui, j’ai acquis, et payé un site internet portant le même nom. C’est ce qu’on appelle un nom de domaine payant à l’année.  

Alors, vendre un livre sur internet, je peux vous le dire maintenant, c’est comme imaginer qu’en cuisine on va atteindre des étoiles ! Parfois on pause un pied sur la lune, mais il nous manque une once d’audace pour nous propulser vers l’infini !

            Il y a une grosse différence entre acquérir financièrement un site de vente et trouver les acheteurs qui viendront payer par carte bleue un de vos livres. Trois mois ont passé sans jamais avoir eu la moindre commande. Si à l’époque je n’avais pas touché les allocations chômage, j’aurais mis la clef sous la porte. Être autoentrepreneur en tant qu’auteur éditeur, ça demande une certaine expérience que je ne maitrisais pas en ces temps-là. J’ai donc fait du stock … qui est resté stocké… et tout stock stocké non déstocké coûte de l’argent c’est bien connu !

            La scoumoune durera une année, jusqu’à ce que je mette fin à mon inscription d’autoentrepreneur. Un seul coupable en est responsable :  le référencement ! Ah, ce joli terme fait couler beaucoup d’encre azerty, et tous ceux qui, comme moi, se sont investis sans avoir les connaissances nécessaires suffisantes pour organiser et administrer leur site internet me comprendront. Dieu sait que nous sommes nombreux à être tombés dans le piège. Ce référencement permet d’être vu partout, mais seuls les spécialistes savent le mettre en place correctement, et ces pros de la spécialité se font payer cher pour intervenir !

            Et voilà comment au bout d’une année, j’ai baissé les bras… mais pas le rideau. J’ai donc retiré aux internautes la possibilité d’acheter mon livre sur mon site éponyme « stop aux clopes.com » car n’étant plus enregistré comme auto-entrepreneur auteur éditeur, je n’ai plus le droit de vendre. Mais rien ne m’empêchait de laisser en lecture libre et gratuite mon livre sur mon site – ce que j’ai fait. À ce jour j’arrive à pratiquement sept milles connexions ou visites sur stop aux clope.com ! De temps à autre, je fais quelques modifications et j’observe si les visiteurs restent en lecture ou passent juste en surfant d’un site à un autre. Oui, super, ils lisent car leur temps de connexion est bon !

A ce jour, je ne renonce pas d’arriver, un de ces quatre, à le vendre, ce bouquin. Peut-être me réinscrire en tant que vendeur du net ? Ou voir si juste une carte de VRP achetée à la chambre de commerce pourrait me permettre de reprendre cette activité de vente ?

Viens, j’t’invite !

Ok, je ne suis pas arrivé à trouver ma voie professionnelle en cuisine, mais je n’en reste pas moins passionné par les plats salés, sucrés, sucrés-salés, par les desserts amers ou doux, doux-amers, acides ou sirupeux, que l’on peut confectionner pour notre plaisir gustatif et celui de nos proches. Cuisinier chez soi, inventer, réaliser ses propres recettes, et se régaler avec sa famille, ses amis, c’est génial.

Et je me dis qu’un livre de mes recettes pourrait voir le jour, pour éclairer les amateurs de bonne cuisine, dans leur envie de régaler autrui ! Après, le cuisinier auteur de recettes et auteur de livres que je suis ferait une mise en page, intégrera des photos de ses productions culinaires, et tentera de les vendre sur internet. 

Avouez quand même que ce serait sympa !

A titre d’exemples, voici quelques photos de mes plats… et si vous les regardez au moment de manger, bon appétit !

Gateau des 5000

 

« Le gâteau des 5000 »

Vous avez remarqué combien les mets proposés dans les grands restaurants portent des noms parfois emprunts de mystère ou de poésie ?

Dans mon cas, pourquoi l’ai-je baptisé « gâteau des 5000 » ?  Réponse (hi hi hi) :

  • Pour fêter la 5000ème connexion sur mon site internet stop aux clopes.com !

Tarte

« Tarte aux pommes de terre, lardons poireaux »

Là, d’accord, je reconnais que le nom de ma tarte est un peu « tarte », et sans originalité. C’est vrai que ça en aurait jeté, si je l’avais appelée :

« Tarte fondante potatoes caramélisées à l’origan, avec son lardon rissolé, agrémentée de son lit de poireaux »

Oui mais, oui mais…  Il y a beaucoup de gratuité sur internet, et tout un chacun sait qu’on peut avoir plein de recettes sans débourser un centime. Mais on peut toujours rêver, la tête dans ces fameuses étoiles que les très grands cuisiniers savent décrocher !

Les difficultés du métier de cuisinier

dans les restaurants.

Je n’ai pas pu faire cette formation de cuisinier mais cela ne m’empêche pas d’adorer cuisiner, et de connaître, en tant que bon client de bons restaurants, le milieu de la restauration professionnelle.

Ainsi, je suis parfaitement conscient qu’une fois engagés dans ce métier, les cuistots exercent un des jobs les plus difficiles à pratiquer pendant de nombreuses années. Plusieurs raisons à cela et en priorité la disponibilité ! Elle se traduit très concrètement par une multitude de week-ends et jours fériés à travailler, donc une vie privée réduite à peau de chagrin. À 60 ans et divorcé comme je le suis, on s’en fout, c’est l’occasion de gagner un peu plus, mais à vingt ans qu’en est-il ? J’ai deux cousins qui ont commencé leur vie comme cuistots, avec bac professionnel. Les deux ont mis fin à cette activité dans les cinq ans qui suivaient ! L’un est parti pour une carrière militaire. Quant à l’autre je l’ai perdu de vue. Pour eux – comme pour plein d’autres, j’imagine - les salaires n’ont pas souvent été au rendez-vous, et bonjour le cumul d’heures gratos à gogo !

            Ce métier engendre aussi un stress oppressant. Elle est toujours là, la tension de faire toujours mieux et surtout jamais moins. Et puis, il faut aussi faire face à ce qu’on appelle en cuisine « les coups de feu » (de midi à 14 heures, et de 19h00 à 21h00).

Quant aux responsabilités en matière d’hygiène et de sécurité, il faut qu’elles soient très bien assumées. Et que je te maîtrise les températures des produits frais, et il faut que je décongèle à temps les quelques ingrédients que j’ai confiés à mon cher congélateur. Quant aux « DLC » (dates de limite de conservation), ou encore les « DDM » (date de durabilité minimale), elles ont intérêt à faire partie de votre jargon familier ! Oui, les cuisiniers ont une vraie responsabilité face aux produits alimentaires périssables (lait, viande, charcuterie...) susceptibles, après une courte période, s’ils ne sont pas correctement conservés en fraîcheur, d'exposer la santé du consommateur à un danger immédiat.

            Et puis et puis, il y a aussi les dangers de tous genres auxquels on s’expose : aie les brûlures, les fréquentes coupures !

Heureusement, si on sait faire régner une ambiance au sein de l’équipe, avec respect les uns des autres, et solidarité, on a toutes les chances d’arriver à offrir des services de très bonne qualité.

Quant aux tunes… Il en faut c’est vrai ! Mais attention trop de travail mal organisé égal une santé dégradée. D’où ce constat du formidable Dalaï Lama :

            « Ce qui surprend le plus chez l’Homme occidental, c’est qu’il perd la santé pour gagner de l’argent, et il perd ensuite son argent pour récupérer la santé.

            À force de penser au futur, il ne vit pas au présent et il vit donc ni le présent ni le futur. Il vit comme s’il ne devait jamais mourir, et il meurt comme s’il n’avait jamais vécu ».

            Elle est forte, hein, cette citation du Dalaï Lama ! Oui, en Occident, va falloir qu’on se réapproprie la notion du temps, et celle de la priorité fondamentale à établir entre santé et argent !

* * * * * * * * * * * * * * * * * * * *

Ecoutons la parole inspirante d’un passionné !

Alors, si vous avez la niaque en pensant au métier de cuisinier, malgré les problèmes énumérés plus haut, alors lisez la suite qui nous est offerte par :

Romain Bonnier, Chef cuisiné passionné,

  • formé chez Paul Bocuse,
  • accueilli par Alain Dutournier dans son restaurant X étoiles,
  • et, nec plus ultra, a obtenu la 3ème étoile au George V !

Ecoutons-le :

« Chaque cuisinier le sait. Surtout première chose. Fini de se plaindre. On arrive au merveilleux, au magique.

Vous connaissez cette étincelle qui nous anime tous ? Cette flamme dans les yeux qui nous permet d'être au-dessus de toutes ces contraintes.

Vous l’avez ? C'est bien entendu cette passion dévorante et enivrante que procure la cuisine. La liste est longue également pour parler des choses positives de ce beau métier.

La force de la créativité ! Celle-là est des plus puissantes. Une simple idée dans le coin de votre tête, peut vous amener à vous pousser, beaucoup plus loin que vous ne le pensez. Le tout avec une excitation permanente. C'est la locomotive qui va vous entraîner avec elle, et croyez-moi, vous voulez être dans le wagon !

On l'a dit, vous allez passer beaucoup de temps avec vos collègues. C'est là que l'esprit d'équipe d'une brigade peut faire des choses extraordinaires. Un lien fort se crée, qui engendre une entraide, une complicité. Ce qui peut conduire à des amitiés sincères et fabuleuses.

On oublie la routine et la monotonie. Chaque jour est différent. A chaque service, il y a de l'adrénaline et des défis. Le menu se modifie selon l'arrivage, la mise en bouche est revue ou encore le client est allergique à un produit. Et c'est là, qu'on se sent évolué.

Truffe noire, bar de ligne, coffre d'agneau de lait... c'est notre quotidien. Et comme nous sommes contraints, (encore un gros problème du métier) nous goûtons, encore et encore. Oui, la vie est terriblement dure.

Les clients nous apportent beaucoup. Le simple sourire du curieux venu jeter un œil en cuisine ou bien la satisfaction du connaisseur qui nous remercie. Ils nous donnent l'envie de toujours faire mieux. Il faut que ça reste secret... mais la transformation petit à petit en super-héros est réelle ! Les réflexes se développent, telle Spider-Man (le fameux rattrapé au vol). Tout comme Daenerys Targaryen, on devient complètement insensible à la chaleur. Bientôt nous ressembleront à Wolverine, armés de nos couteaux.

  Je crois qu'il est temps de revenir un peu sur terre.  Je sais pertinemment que le métier n'est pas facile tous les jours. Si parfois, la flamme s'essouffle pensez à tout ça. Inspirez-vous d'autres histoires, d'autres cuisiniers. Pour exemples, jeter un œil à la série du moment sur Netflix, "Chefs table" (je n'ai aucune part dans la chaîne), et je peux vous garantir que l'étincelle dans vos yeux ne va pas tarder à se raviver. 

Ne lâchons rien et soyons les futurs acteurs de notre belle gastronomie française !

Et vous, quelles sont vos sources d’inspiration ? D’où vient l'étincelle qui brille dans vos yeux ? Je m'appelle Romain Bonnier. Je suis cuisinier de métier (comme vous ?), et j'ai 29 ans. Mes parents n'avaient pas de restaurant. Ils n'étaient pas cuisiniers non plus. J'ai donc débuté seul, avec ma passion et une furieuse envie de rejoindre la grande famille des restaurateurs. De mes débuts chez Bocuse, jusqu'à ma dernière expérience parisienne dans le grand restaurant du chef Christian Le (Squer), j'ai découvert un monde incroyable ».

            Un énorme merci, monsieur le Chef Bonnier, pour cette belle démonstration de ce qu’est votre métier. On n’a qu’une envie en vous écoutant, c’est de suivre quelques années votre passion !

Suite et fin de la galère formation

au métier de cuisinier

C’est une histoire de fou ! Nous sommes dimanche premier septembre et je viens de recevoir trois messages consécutifs sur mon téléphone. La folie ? Elle est dans le complet décalage dans le temps ! Ces messages ont été écrits et envoyés vendredi matin… et je les reçois le dimanche ! Merci qui ? Merci monsieur l’opérateur internet Duschmoll !

Le 1er message n’avait aucune importance. Le deuxième, il est top de top, c’est ma fille qui me remercie d’avoir passé une bonne soirée la veille. … Mais le troisième me glace le dos ! Ma conseillère Pôle Emploi a essayé de me joindre pour me demander si je serais prêt à accepter une autre formation de CAP de cuisine, sur une autre ville que celle de ma première candidature.

Je ne risque pas de pouvoir la joindre au téléphone un dimanche soir. Mais un message sur sa boîte aux lettres Pôle Emploi, c’est possible. Je me fends alors d’une courte missive épistolaire pour lui. Comme ça, si ma conseillère essaye de me joindre, elle aura connaissance de mes démarches, et si je dois de nouveau me déplacer à Pôle Emploi dans la matinée, je ne serai pas trop loin.

Et me voilà lundi matin. Je branche mon fer à repasser, histoire de me présenter dans une tenue irréprochable !

            Je suis un lève-tôt quand il s’agit d’obtenir des infos supplémentaires sur cette formation aux métiers de bouche. … Mais ce matin, je crois que j’aurais dû m’abstenir d’y aller !

            À huit heures, j’étais déjà arrivé et stationné sur le parking du lieu de stage. Il y avait des jeunes à la pelle, dans ce lycée professionnel ! Pour cette rentrée des classes, ils attendaient, manifestement dynamiques et motivés, l’heure de leur rentrée dans les classes. Par contre, j’ai beau écarquiller les yeux, je ne vois aucun stagiaire pour les cuisines !

Je décide donc de rentrer et de franchir le seuil du secrétariat à 8h30. A ma grande surprise, la dame en place n’a aucune connaissance d’éléments quelconques pouvant m’informer. Elle note quand même mon nom au registre, ce sera toujours une preuve que je me suis bien présenté ce matin de rentrée. À neuf heures je réitère une deuxième tentative. Cette fois, elle m’envoie au secrétariat du service hôtelier. Même son de cloche, mais semble-t-il, ce serait une rentrée à quatorze heures !

            Il ne manquait plus que ça ! Je décide de poser les armes et je réintègre mon véhicule sur le parking. J’ai laissé un message à Pôle Emploi hier soir. Je vais donc m’y rendre. Allez, je parcours de nouveau 60 kilomètres en sens inverse. Arrivé sur place, je constate que ma conseillère est encore à l’accueil. Elle n’a probablement pas lu mon message d’hier soir. Généralement à Pôle Emploi, il y a ceux qui accueillent à l’entrée le public pour les questions à cent balles, et ceux qui reçoivent sur rendez-vous pour les stages et toutes questions relatives à une recherche plus spécialisée en emploi.

            En effet, après avoir pris la fille d’attente je suis devant ma conseillère qui je l’avoue à l’air très embarrassé ! Après lui avoir fait état de mes démarches matinales, elle me confirme qu’elle n’a pas pris connaissance de mon mail, et me conseille en ces termes :

  • Monsieur, j’ai pris connaissance de votre dossier, il apparaît que vous êtes déjà pensionné de l’armée ! Vous avez soixante ans, quand allez-vous prendre la retraite.
  •    Quand je serai en âge de la prendre, à soixante-cinq ou sept que sais-je !

            Il semblerait que ce job de cuisinier n’est pas vraiment conforme à mon profil de futur retraité. Manifestement – mais ce n’est clair que maintenant - on ne m’engage pas à poursuivre mes démarches dans ce sens. La leçon est comprise… Je salue cette dame, et d’un demi-tour réglementaire, je quitte les lieux. Je peux d’autant plus me barrer que j’ai réussi à savoir que l’autre stage de cuisinier, prévu sur une autre ville plus proche, n’était plus d’actualité faute de candidats trop peu nombreux ! Ça, c’est incroyable mais vrai !  Je pouvais donc réintégrer mes pénates, ce qui je fîs sur le champ. Cette journée pré-automnale commençait bien mal !

            Il y a des jours comme çà où rien ne se déroule comme on l’espérait. Il faut faire avec et continuer à avancer coûte que coûte dans la bonne direction, vers des jours meilleurs.

Les meilleures choses ont une fin

 Chères lectrices, chers lecteurs, moi qui avais l’intention de continuer à vous embarquer avec moi au plus proche des fourneaux, dans mon futur restau., eh bien c’est raté, puisque ce métier, je ne l’exercerai jamais !

Mais si la cuisine vous branche un maximum et que vous souhaitez en faire votre métier, sachez tout de même que si vous êtes proche de la retraite, pour cette reconversion en chef cuisinier, on vous demandera tout d’abord si vous avez déjà obtenu au moins une étoile au guide Michelin avant de vous inscrire comme stagiaire popotier ! Je plaisante, bien sûr… mais il vaut mieux rire jaune que pleurer !

            Pour tous les candidats à l’exercice de ce magnifique métier, quel que soit votre âge, préparez-vous correctement avant de vous présenter à une réunion d’information collective, si vous y êtes invité !

  • Ne négligez surtout pas la tenue et surtout mais alors surtout prenez de l’avance et arrivez à l’heure prévue par votre convocation.
  • Messieurs, supprimez les barbes en désordre, soyez rasé de près, sans artifices superficiels et très voyants (pin’s, tatouage etc.…).
  • Révisez de toute urgence vos recettes préférées, surtout la dernière que vous avez réalisée.
  • Révisez tous les noms des chef cuisiniers les plus connus en indiquant leur spécialité, leur âge, décédés le (date) ou vivant (l’adresse). J’en rajoute, ha ha ha !
  • Révisez en mathématiques toutes les proportions : demi et quart et plus si infinités, comme les conversions centilitre décilitre et cuillérée de café formule «    ». Compris ? Hi hi hi ! 

< >Révisez votre anglais, et peu importe qu’il vienne des banlieues et des cités, Révisez bien sûr votre français, qu’il soit parfait ou imparfait, présent ou futur, ou pourquoi pas subjonctif ! Et surtout, restez cool à l’entretien, bien assis au fond de votre chaise, et parlez leur des étoiles que vous avez dans la tête !« Êtes-vous fait pour les métiers de la restauration ? »

            Si vous obtenez seulement cinq points dirigez-vous vers la mécanique automobile ou la musique. Pour la musique, si vous avez un piano - à queue ou pas – ou un « piano à bretelles » accordé-accordé-accordéon, vous ne risquerez aucune brûlure ou coupure intempestive.

            Voilà. Ceci étant dit n’oubliez pas que la route est longue et que le choix d’un métier a autant d’importance que le choix de votre futur époux (se). Ne vous engagez pas à la légère, ce ne serait qu’une perte de temps et d’énergie. Consultez vos conseillers d’éducation et pourquoi pas vos parents (pour les jeunes évidemment). Si, après tout cela, vous n’avez toujours pas d’idées, je vous conseille alors de faire acte de candidature pour un poste à Pôle Emploi.

Bien cordialement ! Que vous ayez des étoiles dans la tête ou pas, très bonne route !

Plage

Quelques citations célèbres du cuisinier de haut vol !

 

Ma devise, c’est d’abord de se faire plaisir dans tout ce qu’on fait, d’être sincère et déterminé, et d’avoir l’amour du travail bien fait.

Philippe Etchebest.

 

Il n’y a pas de bonne cuisine si au départ elle n’est pas faite par amitié pour celui ou celle à qui elle est destinée.

Paul Bocuse.

 

On ne peut pas faire de cuisine si l’on n’aime pas les gens.

Joël Robuchon

 

La cuisine c’est l’envers du décor, là où s’activent les hommes et femmes pour le plaisir des autres.

Bernard Loiseau.

 

 

Resume 6

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